Course à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine - John Kerry part à la conquête du Sud

La petite Chloe Cinibulk et sa maman, Jerri Newsom, ont applaudi aux idées de leur favori, John Kerry, de passage hier à la Oscar E. Smith High School de Chesapeake, en Virginie.
Photo: Agence Reuters La petite Chloe Cinibulk et sa maman, Jerri Newsom, ont applaudi aux idées de leur favori, John Kerry, de passage hier à la Oscar E. Smith High School de Chesapeake, en Virginie.

Washington — La course à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine se dégage de plus en plus pour le sénateur John Kerry, qui deviendrait incontournable s’il gagnait les deux nouvelles primaires organisées demain dans le sud des États-Unis.

John Kerry a pris une avance considérable sur les cinq autres démocrates encore en lice. Le sénateur de 60 ans a démontré sa force samedi en gagnant très largement deux États importants, le Michigan, et celui de Washington, où il a obtenu respectivement 52 % et 48 % des voix des électeurs démocrates.
En outre, John Kerry a remporté hier le caucus du Maine assez aisément, selon les premiers chiffres. Alors que 50% des circonscriptions ont été dépouillées, Kerry arrive en tête avec 45%, devant Howard Dean (26%), Dennis Kucinich (15%). John Edwards et Wesley Clark, qui se sont concentrés sur d’autres Etats, obtiennent respectivement 9% et 4%.
Deux tests importants attendent Kerry demain avec la Virginie et le Tennessee, deux États du sud qui s’avèrent toujours difficiles pour les candidats originaires du nord.
Mais John Kerry, sénateur du Massachusetts, un État aisé du nord-est des États-Unis, entend prouver qu’il peut être compétitif dans tout le pays et notamment dans le sud, moins riche et plus conservateur. «Cela ne m’inquiète pas de faire campagne dans le sud pour y parler d’emplois, d’école, de santé et d’environnement. Je pense que c’est M. [George W.] Bush qui doit être inquiet de venir ici», a-t-il déclaré samedi en Virginie.
Hier, le président républicain s’est déclaré persuadé de remporter l’élection présidentielle du 2 novembre. «Je ne vais pas perdre [...] Je ne prévois pas de perdre», a-t-il déclaré à la chaîne de télévision NBC. Il a refusé de parler de John Kerry, relevant qu’«il n’était pas le candidat nommé». Depuis quelques jours, M. Kerry a nettement durci ses attaques directes contre George W. Bush, une stratégie qui vise à rendre incontournable sa candidature et à apparaître comme le mieux placé pour le battre, selon les experts.

«N’importe qui
sauf Bush»
Sur sa route, se dressent toutefois deux candidats démocrates sudistes, John Edwards, sénateur de Caroline du Nord, et le général à la retraite Wesley Clark, élevé dans l’Arkansas, qui fondent leurs derniers espoirs sur la Virginie et le Tennessee.
Le mieux placé des deux est John Edwards, un fringant sénateur de 50 ans qui a réussi à gagner un État et à bien figurer dans les primaires en menant une «campagne optimiste». Il s’est dit déterminé hier à rester dans la course aussi longtemps que ses finances le lui permettront. M. Clark pourrait en revanche se retirer en cas de défaite dans le Tennessee.
Le marathon électoral ressemble de plus en plus à un calvaire pour celui qui était parti en tête, Howard Dean, toujours sans victoire. L’ancien gouverneur du Vermont n’a pas réussi à enlever samedi l’État de Washington, où son discours anti-establishment et anti-guerre d’Irak était pourtant très applaudi il y a encore un mois. À court d’argent, Dean perd aussi des soutiens, comme celui, samedi, de l’importante Fédération syndicale des employés administratifs des collectivités.
Tout en se présentant comme «la solution de rechange à John Kerry», il a laissé entendre qu’il abandonnerait s’il ne gagnait pas la primaire du Wisconsin le 17 février.
Au-delà de l’investiture, M. Kerry doit conquérir le coeur des électeurs qui, selon des sondages, le choisissent plus par raison que par enthousiasme. «Je vote pour lui car ma priorité est de sélectionner celui qui a le plus de chance de battre Bush», a expliqué l’un d’eux dans le Michigan, Tom Barton, partisan du slogan «ABB» («Anyone but Bush» - «n’importe qui sauf Bush»), très en vogue chez les démocrates.
Ancien héros de la guerre du Vietnam, John Kerry apparaît pour beaucoup comme le prototype du «politicien de Washington», où il siège au Sénat depuis 1984.