Russie - Une campagne présidentielle sur fond de terrorisme

Moscou — Sur fond de terrorisme, la campagne présidentielle russe démarre de façon plus tumultueuse que prévu. À peine remise de l'explosion qui a fait au moins 39 morts et une centaine de blessés, vendredi dans le métro de Moscou, la Russie a appris ce week-end la disparition mystérieuse d'un des sept candidats à la présidentielle du 14 mars, Ivan Rybkine, tandis que deux autres opposants, la libérale Irina Khakamada et le populiste Sergueï Glaziev étaient officiellement enregistrés. Cette décision pourrait permettre un minimum de débat contradictoire, même si la réélection de Vladimir Poutine, crédité de près de 80 % des intentions de vote, ne fait guère de doute.

Femme élégante, d'allure plutôt frêle mais très déterminée, Irina Khakamada, 48 ans, a démarré sa campagne par une attaque au ventre contre Poutine, l'accusant d'avoir «dissimulé la vérité» lors de la prise d'otages du théâtre Nord-Ost qui s'est soldée par la mort de 129 spectateurs, en octobre 2002. Aux yeux du Kremlin, la menace la plus sérieuse semble pourtant Sergueï Glaziev, 43 ans, un nationaliste qui s'est fait champion des tirades contre les oligarques.

Figurants

«Je doute que la campagne présidentielle soit concurrentielle et démocratique pour autant, observait le politologue Vladimir Pribylovski, directeur de l'institut Panorama. La dernière campagne législative a déjà montré comment on peut limiter l'expression des candidats. Et si jamais la candidature de Glaziev devenait trop menaçante, on pourrait encore la retirer, sous prétexte que ses signatures de parrainage auraient été achetées.» Sergueï Glaziev n'est, de toute façon, encore crédité que de 3 % des voix, Irina Khakamada en recueillerait 1 %. Les autres candidats sont un proche de Poutine, Sergueï Mironov, président du Conseil de la Fédération qui dit faire campagne pour que les électeurs aient le choix entre «le bien et le meilleur», et deux figurants lancés dans la course par le Parti communiste et le parti ultra-nationaliste de Vladimir Jirinovski.

La nouvelle la plus intrigante est pourtant la disparition d'Ivan Rybkine alors qu'il arrivait à son domicile jeudi soir. Personnage important du temps de Boris Eltsine et un temps chargé des affaires tchétchènes, il est resté très proche de l'oligarque exilé Boris Berezovski.

Aucune hypothèse ne pouvait être exclue depuis le «coup de pub» d'un candidat crédité d'à peine 1 % des intentions de vote, jusqu'à un enlèvement. «Cela entretient une atmosphère abominable, souligne le politologue Dmitri Fourman. Il n'était une menace pour personne, mais Rybkine parlait de façon indépendante et certaines forces au sein du FSB [les services secrets russes, héritiers du KGB], qui ont souvent tendance à en faire trop, pourraient avoir pensé qu'il fallait l'éliminer.»

Les 39 morts de vendredi dernier dans le métro de Moscou n'auront en revanche «aucun effet» sur la campagne estime le politologue Vladimir Pribylovski: «La population russe adopte une attitude assez philosophique au sujet des attentats. Et la popularité de Poutine ne peut guère augmenter, tant elle est déjà élevée.»