Une nouvelle vague de terreur frappe Moscou - La cause tchétchène pèsera peu dans les élections d'avril

Moscou — Porté au pouvoir en 2000 à la suite d'une série d'attentats, Vladimir Poutine achève son premier mandat dans une nouvelle vague de terreur. En 1999, le doute était permis sur les commanditaires des attentats, qui pourraient avoir été organisés par les services russes eux-mêmes pour justifier une deuxième guerre en Tchétchénie et l'avènement d'un homme fort, Vladimir Poutine. Cette fois, la piste d'authentiques terroristes tchétchènes a paru aussitôt évidente au Kremlin et aux observateurs indépendants.

«Nous savons à coup sûr que Maskhadov [l'ancien président tchétchène, légitimement élu en 1997] et ses bandits sont liés à cette terreur», a déclaré Poutine hier, promettant à nouveau une répression impitoyable contre le terrorisme, baptisé «peste du XXIe siècle». «Pour moi, il n'y a aucun doute. Les forces liées aux combattants tchétchènes sont derrière ce nouvel attentat», estimait aussi Igor Bounine, directeur du centre des technologies politiques, un institut indépendant, bien qu'Aslan Maskhadov, par la voix d'un porte-parole, ait démenti toute implication. «Les "boïviki" ont perdu sur le champ de bataille, ils essaient maintenant l'arme la plus puissante qui leur reste, le terrorisme.»

Habitude

Alors que Moscou s'efforçait de vivre insouciante, à 1500 kilomètres de la Tchétchénie, et de croire aux refrains de Poutine, assurant qu'un «processus politique» est en train de régler tous les problèmes depuis l'élection en octobre d'un nouveau président tchétchène prorusse, Akhmad Kadyrov, les séparatistes ont manifestement voulu rappeler qu'ils poursuivent leur combat à un moment clé pour la politique russe. Les services de sécurité russes s'y attendaient d'ailleurs: des milliers de policiers ont été déployés ces derniers mois au centre de Moscou, contrôlant presque toutes les stations de métro et tous les carrefours.

«Il y a certainement un lien» entre ce nouvel attentat et l'élection présidentielle qui devrait voir la réélection de Poutine le 14 mars, reconnaissait hier à chaud un conseiller de Poutine, Gleb Pavloski: «C'est la stratégie habituelle des terroristes, ils veulent montrer que le pouvoir ne contrôle pas la situation. Mais je ne crois pas que ce nouvel attentat aura un effet important sur la campagne. Comme en Israël, les gens commencent à s'habituer aux actes terroristes. Ils comprennent qu'aucune mesure de sécurité ne peut prévenir de tels attentats. L'électeur est réaliste. Il sait bien que Poutine ne peut pas contrôler personnellement l'entrée du métro.»

La Russie ne se sortira pas du terrorisme tant qu'elle ne mettra pas en oeuvre une solution politique, négociée avec les séparatistes tchétchènes, objecte Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou, une des dernières voix libérales encore bien virulentes en Russie: «Le terrorisme tchétchène devient semblable au terrorisme palestinien», explique ce journaliste. «Ces gens font des attentats suicide car ils ne voient plus aucune autre issue à leur cause. Or, en Israël et partout dans le monde, on est bien obligé de négocier avec des terroristes ou leurs représentants politiques. Un ancien terroriste comme Arafat a reçu le prix Nobel de la paix; en Irlande, on discute avec l'IRA; en France, vous négociez avec les terroristes corses. Le terrorisme, ça ne se liquide pas physiquement, contrairement à ce qu'affirme Poutine.» Inébranlable sur ce point, Poutine a pourtant aussitôt réaffirmé hier son «refus total de tout dialogue avec les terroristes». «La Russie ne mène pas de négociations avec les terroristes, elle les élimine», a encore une fois martelé le président.

Sécurité économique

Les Russes ne sont pas dupes pour autant: interrogés dernièrement par l'institut de sondages indépendant Vtsiom-A sur la façon dont Poutine avait réussi à «écraser» les boïviki tchétchènes, 2 % seulement y voyaient un grand succès, 22 % un certain succès, tandis que 69 % estimaient que Poutine n'avait pas remporté de succès sur ce point.

Même un esprit critique comme Alexeï Venediktov ne pense pas que cet échec de Poutine à résoudre le drame tchétchène, malgré ses promesses de 1999, puisse lui coûter beaucoup de voix aux élections: «Les gens ne font pas le lien entre cet attentat et Poutine. Pour la plupart, ce qui compte le plus, c'est la stabilité économique, le fait que les salaires et les retraites augmentent, grâce au prix du pétrole. En Russie, on ne fait pas campagne comme en France sur la sécurité. En ce moment, c'est la sécurité économique qui compte le plus, et on l'attribue à Poutine.»