Allemagne - Face à la grogne, Schröder quitte la tête du SPD

Berlin — Confronté à une baisse de popularité et à une grogne dans ses propres rangs face à son programme d'austérité économique, Gerhard Schröder a renoncé hier à la présidence du Parti social-démocrate (SPD).

Schröder, qui demeure chancelier d'Allemagne, a proposé que Franz Müntefering, chef de file du groupe parlementaire SPD et l'un de ses proches alliés, lui succède à la tête du parti. Le chancelier a assuré qu'il restait attaché à la mise en oeuvre de ses réformes économiques et que son départ de la présidence du SPD lui permettrait de mieux s'y consacrer.

Le choix de Müntefering n'est pas innocent, ce dernier étant plus populaire que Schröder auprès des militants de base du parti. Il pourrait ainsi servir de «paratonnerre» face aux critiques. «Je ne redoute pas une quelconque perte d'autorité», a affirmé Gerhard Schröder.

Pourtant, les experts de la vie politique allemande estiment que son départ de la tête du SPD pourrait être de nature à affaiblir le chef du gouvernement. «C'est une réaction de panique, estime Frank Decker, politologue à l'université de Bonn. Je ne vois pas comment le parti va pouvoir se débrouiller avec cette chute de popularité dans l'opinion. S'il continue à perdre des élections régionales, ce gouvernement tombera avant la fin de la législature», en 2006.

Pour sa part, l'opposition conservatrice CDU-CSU a estimé qu'il s'agissait là du «début de la fin de l'ère Schröder». «Ce parti [le SPD] est à bout de souffle. L'Allemagne a besoin d'un nouveau gouvernement», a jugé Edmund Stoïber, «ministre-président» de Bavière et chef de file de la CSU.

Les appels à des mesures draconiennes pour enrayer cette descente ont émané ces dernières semaines des rangs mêmes du SPD. Plusieurs hauts responsables sociaux-démocrates ont préconisé un remaniement ministériel, un changement à la tête du SPD, ou tout bonnement un changement de politique.

Schröder est devenu président du SPD en 1999 à la suite de la démission d'Oskar Lafontaine, qui avait aussi abandonné ses fonctions de ministre des Finances. Son programme de réformes, «l'Agenda 2010», vise à relancer l'économie en réformant le marché du travail et en coupant dans les dépenses de protection sociale.

Il a provoqué une hémorragie dans les rangs des militants du SPD, qui estiment que les idéaux socialistes du parti ont été trahis. Le parti est tombé en 2003 à

25 % d'opinions favorables, un plancher historique, et ne parvient plus à remonter la pente.