Carnage dans le métro de Moscou

Moscou — Trente-neuf morts, plus de 130 blessés, c'est le bilan officiel de l'explosion criminelle qui a eu lieu hier matin dans le métro de Moscou à une heure de grande affluence. Cet attentat non revendiqué, le plus meurtrier commis dans la capitale russe depuis le déclenchement en 1999 de la deuxième intervention militaire en Tchétchénie, a soulevé la réprobation générale.

Aussitôt informé de la déflagration, le président Vladimir Poutine a appelé la communauté internationale à redoubler d'efforts dans la lutte contre le terrorisme, «cette peste du XXIe siècle».

Selon Interfax qui a cité des sources policières, l'attaque a été commise par une kamikaze. L'agence de presse a souligné que la police disposait d'une vidéo la montrant elle et son complice présumé sur le quai avant de monter dans la rame. La police a diffusé le croquis d'un homme soupçonné d'être impliqué dans l'explosion.

Jetant un doute sur l'hypothèse d'un attentat suicide, le maire adjoint de Moscou, Valeri Chantsev, a cependant expliqué que les enquêteurs n'avaient pas trouvé d'éclats de métal, ce que les engins des kamikazes contiennent généralement. La bombe se trouvait probablement, selon lui, dans un attaché-case ou un sac à dos posé par terre dans la rame. Interfax a en outre cité peu après une source policière selon laquelle la théorie d'un attentat suicide n'était que «l'une des versions les plus probables».

Quoi qu'il en soit, le porte-parole de la police moscovite Kirill Mazourine a déclaré que les enquêteurs traitaient cette explosion comme un acte terroriste. Aucune revendication n'est parvenue, mais le leader rebelle tchétchène Chamil Bassaïev a affirmé être le cerveau des plus récentes attaques terroristes sur le sol russe.

Démenti du dirigeant tchétchène

Le président Poutine a établi un lien entre la déflagration et Aslan Maskhadov, déclarant que des appels à négocier avec le leader tchétchène après de telles attaques «confirmaient indirectement que Maskhadov est lié à ces bandits et terroristes». Akhmed Zakaïev, l'émissaire du dirigeant tchétchène, a cependant démenti toute implication du président tchétchène déchu par le Kremlin.

Vladimir Poutine a également avancé que cette déflagration pourrait avoir été destinée à «mettre de la pression sur le chef de l'État» dans la course à la présidentielle du 14 mars prochain.

La déflagration s'est produite dans la deuxième voiture d'une rame. Celle-ci avait parcouru environ 500 mètres depuis la station Avtozavodskaïa en direction de celle de Paveletskaïa, au nord-ouest, a expliqué M. Mazourine à la chaîne NTV en soulignant que la rame avait encore roulé 500 mètres après l'explosion avant de s'immobiliser.

Le vice-ministre de l'Intérieur, Alexandre Tchekaline, a annoncé qu'en plus des 39 morts, 134 personnes avaient été blessées, dont 113 ont dû être hospitalisées. Plus de 700 personnes ont été évacuées, d'après des employés du métro.

Chaque jour, 8,5 millions de passagers empruntent le métro de Moscou, ce qui en fait le premier au monde en matière de fréquentation.

Selon M. Chantsev, l'équivalent de cinq kilos de TNT a sauté, transformant la voiture visée en un amas de ferraille tordue. Des photos ont montré quelques corps, assis l'un à côté de l'autre sur les sièges, tandis que d'autres, les vêtements arrachés et couverts de sang, étaient allongés sur les voies.

Un peu partout dans le monde, des voix se sont élevées pour condamner l'attentat et adresser des condoléances aux proches des victimes.