L’Élysée donne des gages à la jeunesse pour apaiser la contestation

Les étudiants ont été nombreux à participer aux manifestations contre le projet de réforme du droit du travail.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Les étudiants ont été nombreux à participer aux manifestations contre le projet de réforme du droit du travail.

Paris — Le premier ministre français, Manuel Valls, a annoncé lundi une série de mesures visant à favoriser l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi, pour tenter d’apaiser la contestation contre une réforme du droit du travail qui a provoqué heurts et manifestations.

« La France se doit d’écouter la jeunesse », a déclaré M. Valls, tout en se défendant de chercher à éteindre une contestation. Ces mesures, qui se montent à entre 400 et 500 millions d’euros (entre 690 et 740 millions $CAN) par an, ont été présentées aux huit organisations lycéennes et étudiantes.

Les gages du gouvernement socialiste à ces organisations, qui se sont mobilisées contre un projet de loi accusé de renforcer la précarité des jeunes, ont été salués par les syndicats étudiants, mais décriés par le patronat.

La principale organisation étudiante, l’UNEF, s’est dit satisfaite, mais elle a affirmé qu’elle ne renonçait pas pour autant à la mobilisation contre le projet de loi : elle entend manifester de nouveau le 28 avril. « Ça va dans le bon sens », a de son côté approuvé l’Union nationale lycéenne (UNL).

Les mesures

Parmi les revendications satisfaites, les jeunes d’origine modeste titulaires d’une bourse pourront demander sa prolongation, après avoir décroché leur diplôme et en attendant de décrocher un emploi, mais pour quatre mois maximum. Quelque 126 000 jeunes pourraient être concernés, selon le gouvernement.

Pour lutter contre la précarité qui touche particulièrement les jeunes et encourager les embauches en contrat à durée indéterminée, le premier ministre a également annoncé que les contrats courts seraient désormais davantage taxés. Cette mesure a fait bondir le patronat. Les représentants des petites entreprises ont dénoncé « un coup de poignard porté dans le dos des entreprises » tandis que la principale organisation patronale, le MEDEF, a fustigé « une longue tradition consistant à créer une nouvelle taxe pour chaque problème rencontré », alors que « taxer ne crée pas d’emplois ».

L’opposition de droite a également dénoncé la démarche du gouvernement, à l’instar de l’ancien premier ministre, François Fillon, qui a jugé qu’« au lieu de sortir le carnet de chèques pour amadouer les manifestants, le gouvernement ferait mieux de réformer vraiment le marché de l’emploi ».

Rencontre importante

Depuis l’annonce d’un projet de réforme visant à limiter les freins à l’embauche pour tenter de réduire un chômage de masse, des milliers de personnes, dont de nombreux jeunes, sont descendus dans la rue pour dénoncer un texte trop « libéral ». Une fronde qui inquiète le pouvoir, à un an de l’élection présidentielle.

Le rendez-vous de lundi était stratégique pour le gouvernement alors que les organisations de jeunesse sont très actives dans la mobilisation, dans la rue et via des blocages de lycées ou d’universités.

Un mois jour pour jour après une première manifestation, environ 120 000 personnes ont défilé samedi dans toute la France, selon le ministère de l’Intérieur. Ils étaient 224 000 le 9 mars et 390 000 le 31 mars. Les manifestations ont été émaillées de violences et de dégradations, avec des centaines d’interpellations.

Les jeunes sont en outre nombreux dans les rassemblements citoyens Nuit debout, nés il y a une dizaine de jours place de la République à Paris et qui ont essaimé dans plusieurs dizaines de villes, bien au-delà de la seule contestation de la loi travail.

«Le gouvernement ferait mieux de réformer vraiment le marché de l'emploi.»