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Le choc fait place à la colère

Des milliers d’Islandais ont manifesté lundi contre leur premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson.
Photo: Brynjar Gunnarsson Associated Press Des milliers d’Islandais ont manifesté lundi contre leur premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson.

Le choc des premières révélations des « Panama papers », cette fuite inégalée qui secoue le monde entier depuis dimanche, a laissé place lundi à une vague d’indignation. Sans attendre, les gouvernements de la France, de l’Espagne, de l’Australie et même du Panama ont déclenché des enquêtes, alors qu’au Canada, le gouvernement Trudeau a ouvert la porte à des poursuites criminelles.

La plus importante fuite de données de l’histoire du journalisme, qui expose comme jamais auparavant l’usage des paradis fiscaux par des chefs d’État, des responsables politiques, des sportifs ou des milliardaires, n’a pas tardé à faire réagir.

Lundi, la justice française a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les pratiques « susceptibles de concerner des résidents fiscaux français ». L’Espagne a également officialisé la tenue d’une enquête, alors que les autorités néerlandaises promettent de s’intéresser aux possibles cas d’évasion fiscale. De son côté, l’Australie se penchera sur les cas de 800 clients de Mossack Fonseca, le cabinet d’avocats panaméen au coeur de cette affaire.

En soirée, la justice panaméenne a emboîté le pas en annonçant que « les faits décrits dans des médias nationaux et internationaux sous l’appellation “Panama papers” vont faire l’objet d’une enquête ».

Les Islandais, eux, ont plutôt décidé de se faire entendre en descendant par milliers dans les rues de la capitale, Reykjavik, pour dénoncer les agissements de leur premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson.

Parmi les quelque 11,5 millions de documents épluchés depuis un an par une centaine de médias, des informations indiquent que M. Gunnlaugsson a créé en 2007 une société dans les îles Vierges britanniques pour y entreposer des millions de dollars, sans jamais en divulguer l’existence par la suite. Il refuse de démissionner, mais devrait faire face à un vote de confiance au cours des prochains jours.

Macri, Messi et les autres

Parmi les personnalités publiques dont le nom figure dans les documents internes de Mossack Fonseca, on compte notamment les présidents de l’Argentine, Mauricio Macri, et de l’Ukraine, Petro Porochenko, qui ont défendu leur intégrité au lendemain des révélations.

La réaction la plus vive est cependant venue du Kremlin. Le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, lequel est éclaboussé par les agissements de certains de ses proches, a fait valoir que l’enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation vise à salir la Russie. Le gouvernement russe soupçonne même d’anciens agents des services secrets américains d’être derrière ces démarches.

La star du soccer international Lionel Messi, lui aussi cité dans les documents, a quant à lui qualifié d’« injurieuses » les accusations le concernant.

Au total, les révélations des « Panama papers » lèvent le voile sur plus de 214 000 sociétés étrangères qui ont été créées ou administrées par Mossack Fonseca entre 1977 et 2015. La liste des clients s’est d’ailleurs allongée lundi, avec l’ajout de l’acteur Jackie Chan, du réalisateur Pedro Almodóvar, et de Juan Pedro Damiani, un juge de la FIFA qui a contribué à la suspension de l’ancien président Sepp Blatter.

Poursuites si nécessaire

Quelques centaines de Canadiens seraient visés, mais aucune personnalité publique canadienne n’a été montrée du doigt. Le Toronto Star et CBC/Radio-Canada, les deux médias canadiens ayant eu accès aux documents confidentiels, ont néanmoins souligné l’implication de l’avocate québécoise Hélène Mathieu, qui aurait fourni des services à quelque 900 entreprises établies dans des paradis fiscaux à partir de son bureau de Dubaï.

Moins catégorique que ses alliés, le gouvernement canadien n’a pas clairement indiqué lundi s’il mènera une enquête concernant les informations contenues dans les « Panama papers ». « Des mesures d’exécution appropriées seront prises, y compris le renvoi à l’attention du Service des poursuites pénales du Canada pour que celui-ci entreprenne des poursuites criminelles, si nécessaires », a d’abord réagi le bureau de la ministre du Revenu, Diane Lebouthillier.

Invité à préciser si Ottawa lancerait une vaste enquête comme l’ont fait plusieurs autres États, le bureau de Mme Lebouthillier a indiqué que la ministre avait demandé aux fonctionnaires de l’Agence du revenu du Canada (ARC) « d’obtenir la liste de données dans le but de valider cette information avec les données déjà recueillies par l’Agence grâce à ses mécanismes actuellement en place ». À en croire une lettre transmise en janvier au sénateur Percy Downe, le gouvernement fédéral tentera également de calculer la valeur de l’« écart fiscal », soit la différence entre les impôts qui sont dus et ceux qui sont vraiment perçus.

Le Canada a conclu avec le Panama un accord de coopération et d’échange de renseignements fiscaux, qui est entré en vigueur le 6 décembre 2013. Cet accord prévoit que les deux pays « s’accordent une assistance par l’échange de renseignements vraisemblablement pertinents pour l’administration et l’application de la législation interne des parties contractantes relative aux impôts », est-il écrit.

L’accord prévoit que les renseignements doivent être fournis « sur demande » à l’autre pays. Cependant, le pays demandeur doit « démontrer la pertinence vraisemblable des renseignements demandés ». Le Canada pourrait donc, en vertu de cet accord, réclamer les renseignements à propos de tous les Canadiens se trouvant mentionnés dans les « Panama papers ».

L’OCDE a d’ailleurs rappelé lundi que 132 juridictions se sont jusqu’à maintenant engagées à fournir de tels renseignements fiscaux « sur demande ». De ce nombre, 96 ont promis d’échanger des informations de manière « automatique », c’est-à-dire sans demande préalable, dans un délai de deux ans.

De son côté, Revenu Québec « analysera avec grand intérêt et dans les meilleurs délais » les informations dévoilées dans le cadre des « Panama papers », a souligné lundi sa porte-parole, Geneviève Laurier.

Avec Hélène Buzzetti, Marie Vastel et Marco Bélair-Cirino

Sigmundur David Gunnlaugsson

Premier ministre de l’Islande

Révélation
M. Gunnlaugsson et sa femme ont créé l’entreprise Wintris, enregistrée aux îles Vierges britanniques. Il n’a pas déclaré l’existence de cette compagnie lorsqu’il a fait le saut en politique, en 2009.

Réponse
En entrevue lundi, le premier ministre Gunnlaugsson a dit n’avoir jamais caché d’argent à l’étranger, tout en répétant qu’il n’a pas l’intention de démissionner.

David Cameron

Premier ministre de la Grande-Bretagne

Révélation
M. Cameron n’est pas directement visé. Son père, Ian Cameron, a participé à la création et au développement de la société Blairmore Holdings, fondée au Panama. Il s’est assuré que les profits générés échappent à l’impôt britannique.

Réponse
Une porte-parole s’est contentée d’indiquer que le premier ministre Cameron a déjà fait plusieurs gestes pour lutter contre l’évasion et l’évitement fiscaux.

Vladimir Poutine

Président de la Russie

Révélation
Le président Poutine n’est pas directement visé. Deux de ses amis d’enfance ont possédé au moins sept entreprises enregistrées aux îles Vierges britanniques, tandis que le violoncelliste Sergueï Roldouguine a déplacé des milliards entre des banques russes et des sociétés-écrans.

Réponse
Le Kremlin estime que l’enquête journalistique a pris la Russie pour cible, afin de la déstabiliser.

Lionel Messi

Joueur de soccer, FC Barcelone

Révélation
Le joueur étoile et son père ont été propriétaires de la société Mega Star Entreprises, créée en 2013 et enregistrée au Panama.

Réponse
Lionel Messi juge que les accusations d’évasion fiscale sont « fausses et injurieuses »«La société panaméenne évoquée par ces informations est complètement inactive et n’a jamais eu de fonds », a-t-il fait valoir.

Salmane ben Abdelaziz al-Saoud

Roi d’Arabie saoudite

Révélation
Le roi Salmane est lié à une société luxembourgeoise, elle-même associée à une compagnie établie dans les îles Vierges britanniques. Son rôle au sein de ces entreprises n’est pas spécifié dans les « Panama papers ».

Réponse
Aucune réponse jusqu’à maintenant. L’ambassade de l’Arabie saoudite aux États-Unis n’a pas fait de commentaires en réponse aux allégations.

Mauricio Macri

Président argentin, ancien maire de Buenos Aires

Révélation
M. Macri a agi à titre de codirecteur de Fleg Trading, une compagnie incorporée aux Bahamas en 1998 et dissoute en 2009. Il n’a pas fait état de ses liens avec cette société lors de ses déclarations de 2007 et 2008.

Réponse
Le président argentin affirme qu’il n’a pas déclaré ses liens avec Fleg Trading parce qu’il n’en était pas actionnaire. Il estime qu’il a agi en toute légalité.
5 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 5 avril 2016 06 h 16

    J'aimerais voir...

    Ce serait extraordinaire de voir ici d'aussi grandes manifestations.

    • Claude Richard - Abonné 5 avril 2016 10 h 54

      Ici, on élit un premier ministre en sachant qu'il a fait de l'évasion fiscale. Plus anesthésié que ça, tu meurs. Félicitations à notre minorité chérie, à nos communautés bien-aimées et à nos gogos sensibles aux chants des sirènes libérales!

      Quant au parti des commandites qui nous gouverne à Ottawa, on voit bien les limites du revampage à la Trudeau fils devant cette timidité à réagir à ce scandale. On préfère accumuler les déficits pour les générations futures plutôt que d'aller chercher l'argent là où il se trouve.

  • Patrick Daganaud - Abonné 5 avril 2016 06 h 49

    Bonjour, amis esclaves!

    La justice (des Nations), relayée par les médias crédules, nous prend vraiment pour des « innocents ».

    Nous vivons dans des dictatures! Pas dans des démocraties! Nous y sommes enchaînés.

    Dans l'ordre ou le sens de la chaîne de commandement, les complicités économiques, politiques et juridiques se sont installées pour altérer la législation afin de permettre l'évasion fiscale.

    L'évasion fiscale bénéficie de la protection du Droit.

    Il n'y a aucune crédibilité à entretenir quant aux interventions étatiques : le cancer est généralisé.
    Ses cellules surmultipliées par les grands champions de notre Monopoly mondial ont envahi les régimes politiques, les tribunaux, les armées, les forces de l'ordre, les médias : toute l'organisation sociale est corrompue.

    On nous révèle que ce que l'on veut nous révéler. Il ne coule d'informations que ce que l'on veut laisser couler.

    Les déclarations des vierges offensées de la politique sont de la poudre aux yeux et ne sont que cela.
    On livrera aux populations anesthésiées, achetées et vendues quelques petits poissons en pâture dans les arènes du Jeu et du Pain.
    On publiera à grand renfort de journaux télévisés « intègres » le produit ridicule des argents récupérés : des centaines de millions tandis que s'engrangeront simultanément des milliers de milliards, toujours mieux cachés, entre les mains des voyous qui nous oppressent.


    La gouvernance moderne ordonne aux peuples de se serrer la ceinture en raison d'impératifs fallacieux d'austérité, d'accepter que se détériorent partout les filets sociaux et que meurent des humains et des petits d'humains dans des conditions d'exploitation issues directement de l'esclavage.

    Seul l'esclave peut se libérer de ses chaînes.
    Mais il lui faut, toujours, reconquérir sa liberté.
    Et accepter, pour en récupérer les dividendes, d'en payer le prix.

  • Michel Blondin - Abonné 5 avril 2016 09 h 18

    PLQ et PLC: annuler les ententes de complaisances suffiraient déjà

    Une simple modification aux ententes entre le Canada et les pays dits de paradis fiscaux connus par dizaine, entraînera des retombés majeurs en fiscalité pour des années pour les gouvernements.

    De quoi éliminer une grande partie des déficits ou donner les services de santé ou d'éducation...

    Annuler les conventions éliminant la double imposition pour les pays à impositions volontairement négligeables ou quasi nuls serait un petit pas. Mais aussi les firmes d'avocats et les banques de complicité. Ce réseau en bande organisé.

    Qu'attendent les Couillard et Trudeau de plus que ce scandale! D'autres scandales.

    Celui du Luxembourg a mis en lumière que Bombardier cachait à l'abri de l'impôt, 500 millions de $ et le gouvernement a réussi à investir un an plus tard, le double pour stimuler les emplois dans le reste du Canada.

    Combien de scandales encore pour bouger! Une commission de plus pour langues de bois de banques complices!

    Le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec doivent rapidement adopter des mesures dissuasives demandées depuis des lunes.

    Toutes déclarations volontaires des entreprises doivent comprendre une part de pénalité jusqu’à 30 % pour ceux qui ne dévoilent pas correctement leurs avoirs et de prévoir des peines d’emprisonnement comme l’ont fait les États-Unis avec leur programme Offshore Volontary Disclosure Initiative et le Stream Line Program.

    Ça fait des mois que les demandes comme celles-ci sont transmises par tous médias et les documentaires et les panelles .. allouette. Rien ne bouge. Que de belles paroles.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 avril 2016 09 h 36

    2 mai

    J'ai jusqu'au 2 mai pour remplir mon rapport d'impôt.

    Devant ces Grands qui cachent leur argent ailleurs et ces autres qui hurlent sans en payer parce qu'ils ne le peuvent pas, je me sens très seul, très très seul et légèrement écartelé comme le câble au jeu de souc à la corde. Ça commence à ressembler à l'injure ajoutée à l'insulte.

    «Une petite subvention avec votre chausson aux pommes ?»
    Le sordide ??? C’est qu’on considère que c’est «dans la normalité des choses».
    Soupirs soupirs !

    PL