Contre Poutine, la guerre en Tchétchénie et le bizutage - Les mères des soldats russes fondent un parti politique

«Pourquoi les Européens croient-ils en Vladimir Poutine?»
Photo: Agence Reuters «Pourquoi les Européens croient-ils en Vladimir Poutine?»

Moscou — L'organisation des Comités de mères de soldats, l'une des principales ONG russes qui milite notamment contre la guerre de Tchétchénie et l'«esclavage» des appelés dans l'armée, a annoncé hier qu'elle fondait un vaste parti politique pour défendre la démocratie dans la Russie de Vladimir Poutine.

Le «Parti populaire des mères de soldats», qui doit encore être enregistré officiellement, reprendra le vaste réseau régional des comités locaux que fédère l'ONG depuis 1989 et qui s'est battu jusqu'à présent au cas par cas, ici pour retrouver la trace d'un appelé porté disparu en Tchétchénie, là pour en défendre un autre, victime de sévices de la part d'officiers ou de ses camarades.

Présentes — et pour cause — dans chaque ville russe et presque seules à ne pas craindre de croiser le fer avec la hiérarchie militaire, les Mères de soldats ont acquis au fil des dernières années une renommée telle que des appelés se sont réfugiés par groupes entiers dans leurs bureaux après avoir déserté pour fuir la dedovchtchina, la tradition de bizutage violent qui sévit dans l'armée.

Une responsable de l'ONG, Ida Kouklina, a revendiqué le principe d'un parti d'opposition animé par des femmes, «pas des féministes mais des mères, parce qu'elles seules sont prêtes à tout pour l'avenir de leurs enfants».

Le problème de l'armée, de la violence et de l'arbitraire qui y règnent, ainsi que de la mission impossible dont elle a été chargée depuis 1994 en Tchétchénie, «est une question centrale pour le pays», et si celui-ci n'est pas résolu, il est illusoire de parler de démocratie en Russie, a-t-elle ajouté.

Le parti sera «la première formation politique en Russie issue de la société civile» alors que «personne ne défend plus les valeurs démocratiques» après l'écroulement des partis libéraux qui ont été exclus de la Douma (Chambre basse) lors des législatives de décembre, a déclaré une autre responsable de l'ONG, Valentina Melnikova.

Ces élections, critiquées notamment pour la propagande outrageuse des télévisions publiques, ont été largement remportées par le parti pro-Poutine, qui a obtenu une majorité des deux tiers permettant d'amender la Constitution.

Selon Mme Melnikova, la scène politique à l'issue du premier mandat du président Vladimir Poutine ressemble à «Hiroshima après la bombe». «Nous n'avons toujours pas compris pourquoi les Européens ont préféré croire en Vladimir Poutine» lors de son élection en 2000, a-t-elle dit au passage.

«Comme ONG, nous avons épuisé tous les moyens d'influencer le pouvoir et nous n'avons pu régler qu'au cas par cas les problèmes des familles» face à une armée «qui n'a pas changé depuis l'époque soviétique», a-t-elle expliqué.

Selon elle, Vladimir Poutine, dont «la réélection ne fait pas de doute» à la présidentielle du 14 mars prochain, «ne s'apprête pas à changer quoi que ce soit dans l'armée durant son second mandat parce qu'il comprend qu'il est impossible et contraire à ses intérêts politiques de toucher à cette gigantesque machine».

En ce qui a trait à la guerre de Tchétchénie, «nous l'avons dénoncée dès l'origine, et nous continuerons de le faire», alors que des milliers de jeunes gens y ont été tués ou en sont revenus en invalides «dont personne n'a que faire», a-t-elle dit.

En tant que parti politique, les Mères de soldat défendront «les droits des enfants» russes, les intérêts des femmes «que personne ne représente», mais elles développeront aussi un programme social et économique basé sur les principes «de liberté et d'État de droit» et se battront pour «la responsabilité du pouvoir face à ses citoyens».