Serbie-Monténégro - Le parti de Milosevic revient en scène

Belgrade — Dragan Marsicanin, le candidat du parti de Vojislav Kostunica, a été élu hier au poste de président du Parlement de Serbie grâce au parti de l'ancien président Slobodan Milosevic, qui réalise ainsi un retour inattendu sur le devant de la scène politique.

Le Parti démocratique de Serbie (DSS) de M. Kostunica avait sollicité l'appui du Parti socialiste (SPS) de M. Milosevic en raison du refus du Parti démocratique (DS) du premier ministre sortant Zoran Zivkovic de voter pour M. Marsicanin.

Les tractations au sein du bloc réformiste, qui avaient suivi les élections législatives anticipées de décembre, n'ont finalement pas permis au DSS et au DS de trouver un accord sur la poursuite des réformes lancées par Zoran Djindjic, le premier ministre serbe assassiné le 12 mars 2003.

M. Marsicanin a été élu par 128 voix (le Parlement compte 250 sièges), dont celles des nationalistes du SPS (M. Milosevic, bien que détenu à La Haye, en est formellement le président). 36 députés se sont abstenus, issus essentiellement du DS.

En vertu de la Constitution, M. Marsicanin est aussi devenu président intérimaire de la Serbie, le poste de président étant vacant depuis plus d'un an. Trois tentatives pour élire un président de Serbie ont échoué depuis octobre 2002.

«La Serbie a fait la preuve de sa capacité de résoudre les problèmes quand on place les intérêts généraux au-dessus des intérêts des partis», s'est félicité M. Marsicanin après son élection. L'issue du vote a également montré, selon lui, qu'«on ne [pouvait] pas éternellement juger les vieux péchés ni dormir sur [ses] lauriers».

M. Marsicanin faisait allusion d'une part au passé du SPS, dont le leader est jugé par le Tribunal pénal international (TPI) pour crimes de guerre dans les Balkans (plus de 200 000 morts), et d'autre part à la contribution du DSS au mouvement réformateur qui a renversé M. Milosevic en octobre 2000.

Vote dénoncé

Soucieux de minimiser le choc causé par cette alliance inattendue, M. Kostunica a déclaré que «l'essentiel était que le Parlement commence à travailler». «Nous avons fait un grand pas en avant. [...] Les partis ne devraient pas se faire la guerre mais coopérer», a-t-il souligné.

Le vice-premier ministre serbe sortant, Zarko Korac (DS), a en revanche dénoncé le vote d'hier qui, selon lui, a «réhabilité le SPS et tout ce qu'il a fait entre 1990 et 2000». Boris Tadic, vice-président du DS, a déploré le retour «par la grande porte» du SPS sur la scène politique. L'analyste économique Stojan Stamenkovic a émis la crainte que le futur gouvernement n'abandonne la voie des réformes engagées depuis le renversement de M. Milosevic.

La première tâche de M. Marsicanin en tant que président intérimaire de la Serbie sera de désigner un premier ministre, poste brigué par M. Kostunica. Ce dernier avait succédé à M. Milosevic en octobre 2000 à la tête de l'ancienne Yougoslavie, que l'État de Serbie-Monténégro a remplacé le 4 février 2004.

La question qui se pose désormais est de savoir si les nationalistes du SPS soutiendront le futur gouvernement.