L'ONU prépare son retour en Irak

Washington - Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a réaffirmé hier à Washington son intention d'envoyer une mission en Irak pour étudier la possibilité d'y tenir des élections générales avant le 30 juin.

«J'ai décidé d'envoyer une équipe qui ira [en Irak] pour essayer de travailler avec les Irakiens pour définir la marche à suivre. Tout le monde est d'accord sur le fait que la souveraineté doit être transférée en Irak aussi vite que possible», a-t-il déclaré à l'issue d'un entretien à la Maison-Blanche avec le président américain George W. Bush. Il n'a toutefois pas précisé la date du départ de cette mission.

M. Annan avait déjà annoncé la semaine dernière que cette mission pourrait partir «d'ici quelques jours» mais que son départ dépendait encore des garanties de sécurité données par l'Autorité provisoire de la coalition (CPA) en Irak.

L'ONU avait quitté l'Irak après avoir été visée par deux attentats l'été dernier qui avaient fait au total 23 morts, dont le représentant personnel de M. Annan en Irak, Sergio Vieira de Mello. L'administration Bush a demandé à l'ONU d'envoyer cette mission pour répondre aux demandes de la communauté chiite irakienne qui veut des élections générales au suffrage universel avant le 30 juin.

La CPA doit transférer à cette date la souveraineté aux Irakiens, mais l'accord du 15 novembre 2003 qui en spécifie le calendrier ne prévoit que l'élection indirecte d'une assemblée provisoire avant cette date. «La date du 30 juin a été suggérée, mais il y a quelques désaccords sur le mécanisme pour établir un gouvernement provisoire. J'espère que l'équipe que je vais envoyer sera capable de jouer un rôle pour faire comprendre aux Irakiens qu'ils peuvent arriver à un consensus et à un accord pour mettre en place ce gouvernement et ils ont déjà fait la moitié du chemin», a ajouté M. Annan. «Nous avons la possibilité de sortir de l'impasse qui existe actuellement et d'aller de l'avant», a-t-il affirmé.

Le président américain a souligné de son côté que «nous avons beaucoup de travail à faire dans certains domaines et, évidemment, une forte attention se porte sur l'Irak». «J'ai toujours dit que les Nations unies devaient jouer un rôle vital et c'est un rôle important. Nous avons évoqué les moyens de s'assurer qu'en travaillant ensemble, nous pouvons faire en sorte que les Irakiens soient libres, leur pays stable et prospère et un exemple de démocratie au Moyen-Orient», a indiqué M. Bush.

Interrogé par la presse à l'issue de l'entretien, M. Annan a refusé de se prononcer sur la décision de George W. Bush de créer une commission pour examiner pourquoi les renseignements américains ont conclu à la présence en Irak d'armes de destruction massive (ADM). «Vous connaissez le débat qui s'est tenu avant la guerre mais, maintenant qu'une commission d'enquête a été instituée pour se pencher sur la question, je pense que nous devons en attendre les résultats», a déclaré M. Annan.

«Comme vous le savez, les inspecteurs de la Cocovinu avaient travaillé en Irak pendant trois mois et demi avant le déclenchement de la guerre. Au moment où la guerre a éclaté, ils n'avaient rien trouvé», a-t-il toutefois rappelé.

Le secrétaire général de l'ONU a ajouté que les entretiens avaient également porté sur la question de Chypre, l'Afghanistan, le Soudan, le Liberia, la République démocratique du Congo et l'épidémie de sida ainsi que sur les travaux de la commission sur la réforme de l'ONU.

Après s'être lancée en guerre contre l'Irak en mars dernier sans l'accord de l'ONU, l'administration Bush admet maintenant qu'elle a besoin de son aide pour gérer le calendrier du transfert de souveraineté aux Irakiens.

L'intervention de l'ONU est particulièrement utile à Washington pour trancher la question des élections générales qui ne sont, en principe, pas prévues avant la fin 2005. Mais les chiites d'Irak, qui représentent 60 % de la population, souhaitent qu'elles soient organisées avant le 30 juin, date prévue du transfert de souveraineté. Aux yeux de Washington, une mission d'experts de l'ONU permettrait de mieux convaincre les chiites de l'infaisabilité de leur demande.

Le dossier irakien devient très difficile à gérer pour George W. Bush dans la perspective de l'élection présidentielle de novembre prochain à laquelle il est candidat pour un second mandat de quatre ans. Pour tenter de désamorcer la polémique sur les introuvables armes de destuction massive irakiennes, George W. Bush et le premier ministre britannique Tony Blair ont tous deux décidé de nommer une commission pour enquêter sur les carences de leurs services de renseignement respectifs.