Profil - Joseph Kabila, un président modèle

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a entamé à Paris une tournée européenne, visant à convaincre les investisseurs, assurant que son pays avait retrouvé une stabilité politique, après une longue guerre. Le «président-fiston» a réussi à asseoir son pouvoir.

Il ne devait être qu'une solution intérimaire après l'assassinat de son père, en janvier 2001, qu'un «président-fiston» choisi par les hommes forts du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila. Mais, dans ce calcul né dans l'urgence, tout était faux. Trois ans plus tard, les «tontons» ont été évincés, et Joseph Kabila est toujours au pouvoir, résolu à y rester et — même s'il ne l'annonce pas encore — à devenir le premier président élu d'un Congo-Kinshasa renaissant.

Peut-être emblématique d'une Afrique en marche... Sur les routes de l'exil, fuyant l'arbitraire et la guerre, Joseph Kabila, avant de devenir le plus jeune chef d'État du monde, à 29 ans, a appris sa leçon nationaliste à l'étranger, sur les bancs de l'école, au Burundi puis en Tanzanie. Il a intégré l'armée ougandaise au début des années 1990 et était de l'aventure de cette «force internationaliste» qui a mis au pouvoir, d'abord Yoweri Museveni à Kampala, puis Paul Kagamé à Kigali. D'où sa dureté, et sa méfiance, à l'égard de ce qu'il connaît de l'intérieur. Le pouvoir rwandais ? Joseph Kabila impute au régime de Kigali «l'intention de tuer notre population, de piller le pays». Dès son avènement au pouvoir à Kinshasa, il fixe le cap: «On doit négocier, mais la souveraineté de notre pays et son intégrité territoriale ne sont pas négociables. On ne peut pas dialoguer entre Congolais en présence d'envahisseurs.»

Dans le «marigot» congolais, il a vite appris à se mouvoir en caïman. Avec l'appui de la communauté internationale, désireuse de pacifier le théâtre d'une guerre d'écorcheurs et de pillards, il a dialogué en position de force. Les bailleurs de fonds ont investi dans l'assèchement d'une vaste zone criminogène au coeur de l'Afrique, incompatible avec la lutte antiterroriste à l'échelle mondiale.

Joseph Kabila leur a donné le change en attirant tous les chefs de guerre à Kinshasa, pour le partage du nouveau «gâteau national». Sans barguigner, il a nommé quatre vice-présidents, dont trois n'ont à l'esprit que son éviction; il a confié la défense, la sécurité et les affaires étrangères à des ministres issus des diverses rébellions. Bref, il a été l'architecte d'un «modèle» où l'Occident paie les dividendes d'une paix risquée dans la marge du monde.