Démantèlement des colonies dans la bande de Gaza - Ariel Sharon prend le risque d'une grave crise gouvernementale

Le chef du gouvernement israélien a visité hier le chantier d’une usine de désalinisation à Ashkelon, dans le sud du pays.
Photo: Agence Reuters Le chef du gouvernement israélien a visité hier le chantier d’une usine de désalinisation à Ashkelon, dans le sud du pays.

Le premier ministre israélien Ariel Sharon a confirmé hier son intention de démanteler 17 des 21 colonies de la bande de Gaza. Face aux menaces de l'extrême droite de quitter le gouvernement de coalition, M. Sharon a fait un appel du pied à l'opposition travailliste. Mais des élections générales aniticipées ne sont pas à exclure.

Jérusalem — Le premier ministre israélien de droite Ariel Sharon a pris hier le risque d'une crise gouvernementale majeure en confirmant son intention de démanteler dix-sept des vingt et une colonies juives de la bande de Gaza.

Selon la télévision publique, M. Sharon a même affirmé à ses proches qu'il n'hésiterait pas à provoquer des élections anticipées au début de l'été s'il arrivait à la conclusion que, faute d'une majorité parlementaire et au sein de son gouvernement, il ne serait pas en mesure d'appliquer son plan.

Les dernières législatives ont eu lieu fin janvier 2003. La fin de la législature actuelle est normalement prévue en novembre 2007.

Le premier ministre palestinien Ahmad Qoreï s'est félicité du projet de M. Sharon, une réaction qui contraste avec celles d'autres responsables palestiniens qui ont exprimé la crainte que le chef du gouvernement israélien ne se livre à une «opération de relations publiques». «Nous accueillons favorablement tout proces-sus menant à un retrait de l'occupation des terres palestiniennes», a affirmé M. Qoreï à Ramallah, en Cisjordanie.

M. Sharon a confirmé son intention de démanteler 17 des 21 colonies de la bande de Gaza. «J'ai pris cette décision et j'entends l'appliquer», a-t-il déclaré à la radio. «Je pense qu'à long terme il est préférable pour Israël qu'il n'y ait plus de colonies juives dans la bande de Gaza», a-t-il expliqué au quotidien Maariv.

Face aux menaces de l'extrême droite de quitter le gouvernement, M. Sharon a fait un appel du pied à l'opposition travailliste. «S'ils [les ministres ultras] font l'erreur de quitter le gouvernement, je devrai créer une autre coalition, car il y a un pays qu'il faut gouverner.»

Le chef de l'opposition travailliste Shimon Peres, reconduit hier à la direction de son parti, a promis son soutien à Ariel Sharon s'il mettait son plan en application.

Le numéro deux du cabinet, Ehoud Olmert, a indiqué que le plan de démantèlement des colonies serait «applicable d'ici quatre ou cinq mois».

Un sondage publié hier montre que 59 % des Israéliens approuvent le plan de M. Sharon, contre 34 %. Mais les 7500 personnes vivant dans les 21 colonies de ce territoire palestinien semblent bien décidées à tout faire pour contrecarrer leur premier ministre.

Les responsables des deux formations ultras alliées de M. Sharon, le Parti national religieux et l'Union nationale, menacent de rejoindre l'opposition.

Qui plus est, une quinzaine de députés sur les quarante du Likoud de M. Sharon entendent faire échec à son plan devant les institutions du parti.

Apparemment, le leader de la droite a adopté une idée clef de l'opposition de gauche: la préservation du caractère juif d'Israël, face au taux de croissance démographique des Arabes d'Israël et des Palestiniens.

M. Sharon envisage même de faire passer sous souveraineté palestinienne des localités arabes israéliennes en échange de l'annexion par Israël de zones de Cisjordanie, selon des sources proches de la présidence du Conseil.

Mais ce projet — aussitôt dénoncé par des élus arabes israéliens — ne se réaliserait que dans le cadre d'un accord de paix avec les Palestiniens, qui dans l'état actuel paraît hautement problématique.

Des sondages réalisés au sein de la population arabe israélienne ont montré qu'une forte majorité refuse de faire partie d'un État palestinien et veut que leurs localités restent en Israël, tout en se considérant palestinienne de coeur.

Selon la radio israélienne, les chefs de cabinet des premiers ministres israélien et palestinien Dov Weisglass et Hassan Abou Libdeh doivent se rencontrer aujourd'hui pour préparer un sommet entre MM. Qoreï et Sharon.