«Il s'agit d'un acte terroriste» - Découverte de ricine au Capitole

Washington - La substance suspecte découverte lundi dans une annexe du Sénat américain est bien de la ricine, un poison dangereux, a affirmé hier le sénateur Bill Frist, le chef de la majorité républicaine du Sénat.

«Les tests ont confirmé que c'était de la ricine», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au Congrès, précisant aussi que les analyses se poursuivaient. «Il s'agit d'un acte terroriste, a aussi dit le sénateur Frist. Ceci a été envoyé avec l'intention de faire du mal.»

Le sénateur Frist, sénateur du Tennessee, qui est aussi médecin, a confirmé que personne n'avait été touché par la toxine découverte la veille dans l'un de ses bureaux réceptionnant le courrier, situé dans une annexe du Sénat. Il a expliqué que ce poison très violent, contre lequel n'existe aucun antidote, provoque ses effets (vomissements, douleurs abdominales et diarrhées violentes) dans les quatre à huit heures.

Comme l'avait annoncé précédemment le sénateur démocrate Tom Daschle, le leader de la minorité démocrate, Bill Frist a dit qu'il n'y avait pas de trace de ricine dans le système de ventilation de l'immeuble, laissant penser que le poison est localisé en un seul endroit. Le sénateur Frist a précisé que la ricine, sous forme de poudre, avait été détectée dans une zone où le courrier est ouvert. De ce fait, «on n'a pas déterminé si cela provient d'une lettre en particulier ou de plusieurs», a-t-il dit.

Auditions annulées

Les activités au Congrès américain étaient fortement perturbées hier à la suite de la découverte la veille d'une substance suspecte. Trois annexes du Sénat américain ont été fermées et le Capitole, le bâtiment où siègent les deux chambres du Congrès, était partiellement interdit d'accès, seuls les «personnels essentiels» étant autorisés à s'y rendre, a-t-on précisé de source parlementaire.

Plusieurs auditions, dont celle du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld devant la commission des Forces armées, ont été annulées. Mais les sénateurs devaient néanmoins se retrouver à la mi-journée pour leur traditionnel déjeuner hebdomadaire avec leurs chefs de file respectifs, républicain et démocrate.

Plusieurs sénateurs étaient déjà au Sénat lorsque le chef de la majorité républicaine Bill Frist a annoncé en milieu de matinée «l'ouverture d'une enquête criminelle». «Personne n'a été atteint et tout le monde va bien. Il n'y a eu aucune blessure d'aucune sorte», a-t-il assuré.

Seize personnes, travaillant pour la plupart à l'étage où la poudre suspecte a été trouvée, ont tout de même été placées en observation et subi des procédures de décontamination.

Plusieurs analyses indiquent qu'il s'agit de ricine, une toxine d'origine végétale très dangereuse. Un test s'est toutefois révélé négatif, a précisé lors d'un point de presse le porte-parole de la Maison-Blanche Scott McClellan, indiquant que le président George W. Bush avait «été informé» de la situation. M. McClellan a aussi précisé «qu'une équipe inter-ministérielle examinait [cette substance], comprenant du personnel de la Maison-Blanche, du département de la Sécurité intérieure, de la Santé et de la police fédérale [FBI]».

L'affaire a entraîné un fléchissement du cours du dollar sur le marché des changes. Vers 16h, l'euro s'échangeait à 1,25586 $ à Londres, contre 1,2422 $ à New York lundi soir.

Les trois annexes du Sénat devraient rester fermées au moins vingt-quatre heures, le temps de retirer tout le courrier reçu ces derniers jours pour effectuer des tests, a-t-on précisé de sources parlementaires. La distribution du courrier a également été suspendue dans les bâtiments de la Chambre des représentants, et la police a demandé aux parlementaires de ne pas ouvrir le courrier déjà arrivé sur leur bureau.

Une fausse alerte avait été à l'origine de la fermeture du Capitole pendant plusieurs heures il y a un mois, après que la police eut découvert «une substance potentiellement dangereuse» dans un sous-sol. Le Congrès a été en 2001 la cible d'attaques par des enveloppes contenant des bacilles du charbon, parvenues dans les bureaux des sénateurs démocrates Thomas Daschle et Patrick Leahy. Une des annexes du Sénat avait été fermée plusieurs mois.