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Un sommet vital entre l’UE et la Turquie

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, se sont rencontrés dimanche à Bruxelles en préparation du sommet de lundi.
Photo: Bart Maat / ANP / Agence France-Presse La chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, se sont rencontrés dimanche à Bruxelles en préparation du sommet de lundi.

Alors que l’OTAN s’apprête à lancer sa première opération de surveillance frontalière depuis le début de la crise migratoire, l’Union européenne tient lundi un important sommet à Bruxelles sur fond de tensions qui menacent son unité. D’un côté, les pays fermant leurs frontières aux migrants sont de plus en plus nombreux. De l’autre, la Grèce qui peine à garder le cap alors que 100 000 nouveaux réfugiés doivent y affluer d’ici la fin du mois. Un mouvement de masse qui, la plupart du temps, se solde par une fin tragique.

Dimanche, alors qu’au moins 25 migrants, dont 10 enfants, ont encore péri dans un naufrage au large de la Turquie, la Grande-Bretagne a annoncé, quelques jours après la France, l’envoi de trois navires militaires pour participer aux opérations de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) contre les trafics illicites de migrants en mer Égée, principal point de passage de centaines de milliers de migrants entrés sur le sol européen depuis plus d’un an.

Pression sur la Turquie

Aux termes du sommet annoncé, l’Union européenne (UE) entend faire pression sur la Turquie pour que celle-ci l’aide à régler cette crise. La communauté européenne espère trouver une solution efficace pour mettre un frein définitif au flux de migrants le long de la « route des Balkans ». « Le flux des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à son terme. Cette route est désormais fermée », est-il écrit dans le projet de déclaration finale de ce sommet extraordinaire de l’UE.

Ce nouveau sommet survient dans un climat de frictions récurrentes entre l’UE et la Turquie, candidate de longue date à l’adhésion, les Européens s’inquiétant de la répression contre les médias critiques du président islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan. Le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, était à Bruxelles dès dimanche soir pour « préparer le sommet » à huis clos avec la chancelière allemande, Angela Merkel. Avant son départ d’Istanbul, il a affirmé que son pays avait fait des « pas importants » pour respecter sa part du « plan d’action » conclu en novembre avec l’UE afin d’empêcher les migrants de quitter par milliers la côte anatolienne à destination des îles grecques.

« Consensus européen »

Après une récente tournée dans les Balkans, en Grèce et en Turquie, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a cru déceler « un consensus européen […] autour d’une stratégie globale, qui, si elle est mise en oeuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux » migratoires.

Sa solution : appliquer à la lettre les règles de libre circulation de l’espace Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les seuls demandeurs d’asile. Ce qui doit permettre de lever d’ici à fin 2016 les contrôles frontaliers mis en place unilatéralement à l’intérieur de l’UE, puis d’expulser tous les « migrants économiques » vers la Turquie qui les renverra à son tour vers leur pays d’origine. Ankara devrait ainsi s’engager à accepter au 1er juin des « réadmissions » en Turquie de migrants en situation irrégulière venant des îles grecques.

« On peut réduire le flux par des retours à grande échelle et rapides de tous les migrants » déboutés de leur demande d’asile, veut croire M. Tusk. Un des objectifs du sommet, selon un projet de déclaration finale, est de « fermer dans les jours qui viennent la route des Balkans », par laquelle des migrants rallient l’Allemagne et la Scandinavie, a confirmé dimanche soir un diplomate européen. Les Européens veulent aussi que la Turquie renforce la lutte contre les passeurs, avec l’aide de navires de l’OTAN en mer Égée.

« L’Union européenne doit et va soutenir la Grèce de façon solidaire », a de son côté jugé Mme Merkel. De 15 000 à 20 000 migrants continuent d’arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques, moins qu’à l’automne mais en nombre « beaucoup trop élevé », s’alarment les dirigeants européens, qui craignent de nouvelles vagues lorsque le printemps rendra la traversée moins périlleuse.

Crise grecque

Pendant que les pourparlers s’éternisent, la situation en Grèce continue toutefois de s’envenimer. Déjà aux prises avec l’une des pires crises économiques de son histoire, le pays se débat maintenant avec une situation humanitaire dramatique, alors que plus de 30 000 migrants demeurent bloqués sur son territoire dans des conditions misérables en raison des restrictions imposées par la macédoine et plusieurs pays d’Europe centrale.

Dimanche, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a d’ailleurs qualifié d’« urgence absolue » le transfert de milliers de migrants vers d’autres pays de l’UE. « La Grèce est en train de se transformer en prison à ciel ouvert pour migrants désespérés », a renchéri le ministre grec de l’Immigration, Yannis Mouzalas, en entrevue avec Libération. « Cette situation ne concerne pas seulement la Grèce, mais toute l’Europe, a-t-il ajouté. Le président du Conseil, le Polonais Donald Tusk, avait promis que les frontières resteraient ouvertes. Pourtant, l’Autriche, les pays de Visegrad [Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie] et la Macédoine, qui n’est pas membre de l’Union, ont unilatéralement décidé de violer les décisions européennes qui avaient, elles, été adoptées d’un commun accord. Voilà pourquoi les migrants, qui continuent d’arriver en Grèce, sont aujourd’hui bloqués à la frontière. Malgré ses propres difficultés, le pays fait tout pour aider ces gens. Des centres d’hébergement provisoire sont construits sur l’ensemble du territoire. Le gouvernement a donc demandé officiellement l’aide de l’Union européenne. »

« Depuis septembre, le gouvernement grec répète que seul un contrôle des flux migratoires à partir des côtes turques peut donner des résultats, a rappelé le ministre grec. L’UE a fini par le comprendre, maintenant elle doit donc exiger que la Turquie respecte son engagement à réduire ces flux ! »


Des demandes centralisées

Londres — Bruxelles devrait proposer de centraliser les demandes d’asile au niveau de l’UE, selon le Financial Times dimanche. La Commission européenne devrait faire cette proposition dans le cadre d’une révision radicale de sa politique envers les réfugiés, qui sera présentée lors d’un sommet des dirigeants de l’UE le 17 mars, indique le journal, citant une ébauche du projet de réforme. « Selon le projet de réforme consulté par le Financial Times, la prise en charge de toutes les demandes d’asile pourrait être transférée au Bureau européen d’appui en matière d’asile », écrit le journal britannique. À l’heure actuelle, les demandeurs d’asile doivent déposer leur demande dans le premier pays de l’UE où ils arrivent, une règle mise à mal l’an dernier par Angela Merkel, qui a décidé de ne pas l’appliquer.
2 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 mars 2016 08 h 15

    Il n'y a pas d'issue à la crise des réfugiés syriens sans paix

    Sur les 2,7 millions de Syriens que la Turquie a accueillis, seulement le huitième vit dans des camps de réfugiés installés le long de la frontière syrienne.

    La grande majorité vit donc dispersée dans des villes turques.

    Ils habitent des appartements souvent insalubres qu’ils partagent à plusieurs familles et qu’ils louent à la semaine. Les loyers sont augmentés arbitrairement d’une semaine à l’autre par les propriétaires turcs qui les exploitent.

    Interdits de travail, ils sont forcés à l’exil lorsque leurs économies atteignent un seuil critique.

    Dans ce contexte, confier à la Turquie la sous-traitance de la sécurité frontalière de l’Europe est un peu illusoire et on voit mal comment la Turquie pourra respecter ses engagements. Rusé, ce pays presse l’Europe de lui verser l’argent. Et pas fous, les commissaires européens attendent des résultats avant de payer.

  • Gilles Théberge - Abonné 7 mars 2016 09 h 26

    Et pendant ce temps...

    Les USA qui sont à l'origine de ce désastre se tienne peinard!;

    La guerre continue en Iraq en Syrie en Afghanistan;

    Le président de la Turquie continue de souffler le chaud et le froid;

    Angela Merkel continue naïvement de vouloir ouvrir la frontière de l'Allemagne;

    Et les hordes hordes de migrants continuent de souffrir!