Erreurs sur l'arsenal irakien - Enquête «indépendante» aux États-Unis

Washington — Le président américain George W. Bush a annoncé hier la création d'une commission d'enquête indépendante sur les raisons ayant amené le renseignement américain à estimer que l'Irak possédait des armes de destruction massive (ADM). À Londres, le premier ministre britannique Tony Blair était hier l'objet de pressions croissantes pour en faire autant.

Le fait que le président américain soit favorable à la mise en place d'une commission d'enquête indépendante rend désormais intenable la position de Tony Blair, estimaient les analystes. En dépit du fait qu'aucune trace d'ADM n'a été découverte en Irak, celui-ci continue d'affirmer, imperturbable, qu'il y en avait et que le Groupe d'inspection en Irak finira par en trouver.

«Je crée une commission d'enquête indépendante formée de représentants des deux partis [républicain et démocrate] pour analyser où nous en sommes, et ce que nous pouvons faire pour mieux lutter contre le terrorisme», a déclaré M. Bush à des journalistes, à l'issue d'une réunion de son gouvernement à la Maison-Blanche. Selon des responsables américains s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, la commission d'enquête sera composée de neuf membres et devra avoir terminé ses travaux d'ici 2005, soit bien après l'élection présidentielle du 2 novembre à laquelle le républicain Bush se présente pour un second mandat de quatre ans.

«Premièrement, je veux connaître tous les faits. Nous savons que Saddam Hussein avait l'intention et les capacités de provoquer de gros dégâts. Il était un danger. Il n'était pas seulement un danger pour le monde libre mais aussi pour son propre peuple», a affirmé M. Bush. «Ce que nous ne savons pas encore, c'est [la différence] entre ce que nous pensions et ce que le groupe d'inspection a trouvé et nous voulons nous pencher là-dessus. Mais nous voulons aussi prendre en compte notre guerre contre la prolifération et les armes de destruction massive dans un contexte plus large», a-t-il souligné.

Les États-Unis avaient déclenché en mars une guerre contre Saddam Hussein en affirmant qu'il possédait des armes de destruction massive et qu'elles menaçaient les États-Unis et leurs alliés.

Mais l'enquête menée par le groupe d'inspection en Irak (ISG, formé d'Américains et de Britanniques) depuis la chute d'Hussein en avril n'a pas permis de trouver ces ADM.

George W. Bush s'est entretenu hier à la Maison-Blanche avec l'ex-chef de l'ISG, David Kay. Celui-ci avait déclaré la semaine dernière qu'il ne pensait pas qu'il y ait des ADM en Irak et s'était prononcé en faveur de la création d'une commission d'enquête indépendante sur les raisons qui ont conduit à l'affirmer.

La décision de créer cette commission est une volte-face pour M. Bush. La Maison-Blanche avait fait part la semaine dernière de ses fortes réserves sur une telle idée. Mais les demandes de plus en plus pressantes de parlementaires et la proximité de l'élection présidentielle l'ont poussé à changer d'avis.

En repoussant à 2005 la remise du rapport de la commission et en demandant à ce que son travail soit élargi non seulement aux ADM irakiennes, mais à l'ensemble des questions liées à la prolifération des armes de destruction massive, M. Bush cherche toutefois à éviter que la polémique n'enfle d'ici à l'élection.

Le chef de la minorité démocrate au sénat, Tom Daschle, a souligné hier que la commission devait être «véritablement indépendante». «On a l'impression que le président va en réunir une où il nommera chacun des membres et dictera ses buts et les conditions dans lesquelles elle fera son travail», a-t-il averti.

Reconnaissant «l'importance pour les électeurs de disposer des meilleures informations, de l'éventail le plus large possible de réponses à toutes les questions soulevées par les attaques du 11 septembre et les ADM en Irak», le sénateur Daschle a néanmoins jugé «plus important que les enquêteurs fassent bien leur travail plutôt que vite».

M. Bush qui sollicitera le renouvellement de son mandat à la Maison-Blanche lors de l'élection du 2 novembre 2004, a donné à la commission jusqu'à 2005 pour remettre ses conclusions, soit bien après le scrutin présidentiel.

La popularité du président a chuté en un mois pour passer sous les 50 %, notamment à cause d'une insatisfaction montante sur sa politique en Irak, sur la politique étrangère en général et sur la conduite de l'économie, révélait un sondage hier. Une enquête similaire menée entre les 2 et 5 janvier montrait un taux global de satisfaction de 60 %, contre 35 % d'insatisfaits, alors qu'il y avait 70 % de satisfaits après la chute de Bagdad en avril dernier. 49 % des 1001 personnes sondées ont déclaré approuver globalement la manière dont M. Bush préside le pays, contre 48 % qui pensent le contraire et 3 % sans opinion. Selon le dernier sondage, l'action de M. Bush en Irak est approuvée par 46 % des personnes interrogées, contre 61% il y a un mois. Le taux d'insatisfaction est quant à lui passé de 36 à 53 %.

À Londres, le chef de l'opposition conservatrice, Michael Howard, devait officiellement demander hier aux Communes l'ouverture d'une enquête, refusée obstinément jusqu'ici par le premier ministre.

Selon le Times d'hier, Tony Blair serait sur le point d'amorcer une évolution prudente sur la question des ADM et pourrait, à contrecoeur sans doute, admettre qu'on n'en trouvera pas en Irak. Aujourd'hui, le premier ministre comparaîtra devant le «Liaison Committee» des Communes, qui rassemble les présidents de toutes les commissions de la chambre. Les analystes s'attendent à ce que M. Blair soit soumis à un interrogatoire en règle sur les ADM et les failles des services de renseignement britanniques.