Élections primaires - Le défi sudiste des démocrates

Columbia — En faisant campagne dans le sud des États-Unis, les candidats démocrates à la présidentielle ne se font pas d'illusions: ils savent qu'ils chassent sur les terres de George W. Bush.

Depuis 50 ans, aucun démocrate n'a réussi à conquérir la Maison-Blanche sans faire basculer au moins quelques États de cette région dans l'escarcelle de son parti, et les trois démocrates parvenus à la Maison-Blanche ces 40 dernières années (Lyndon Johnson, Jimmy Carter, Bill Clinton) étaient eux-mêmes issus de cette région.

A contrario, l'ancien vice-président de Bill Clinton, Al Gore, a échoué dans tous les États du sud à la présidentielle de 2000, même le Tennessee dont il était pourtant l'élu, concédant la victoire au républicain texan George W. Bush.

Le résultat de la primaire de Caroline du Sud, aujourd'hui, pourrait fixer la stratégie démocrate dans la campagne de la présidentielle du 2 novembre, les électeurs de cet État (capitale: Columbia) semblant, d'après les sondages, prêts à départager deux candidats: l'actuel favori de la course à l'investiture John Kerry, très patricien sénateur du Massachusetts, et l'enfant du pays John Edwards, sénateur de l'État voisin de Caroline du Nord, avocat millionnaire d'extraction ouvrière.

Une nouvelle victoire décisive de John Kerry, après celles qu'il a déjà remportées lors des deux premières étapes de la course à l'investiture dans l'Iowa et au New Hampshire, le placerait sans doute en position de favori indétrônable.

Cela pourrait être l'indicateur d'une stratégie audacieuse des démocrates, prêts à concéder le sud aux républicains en novembre avec l'objectif de consolider assez de votes démocrates dans le reste du pays pour tout de même l'emporter au niveau national.

En revanche, une victoire de M. Edwards, brillant deuxième dans l'Iowa et honorable quatrième dans le New Hampshire, le placerait sur une bonne lancée et pourrait marquer le début d'une campagne victorieuse pour l'investiture.

Avec John Edwards, le parti démocrate se choisirait un candidat susceptible de remporter des États pouvant éventuellement basculer dans son camp, comme l'Arkansas ou la Floride. «Les démocrates vont devoir choisir s'ils ignorent le sud en novembre, ou s'ils vont à la cueillette», résume un politologue de l'Université Clemson en Caroline du Sud, Bruce Ransom.

Un troisième scénario, qui avait été évoqué, serait celui d'un «ticket» Kerry-Edwards pour briguer la présidence et la vice-présidence. Mais dimanche, le sénateur Edwards a catégoriquement rejeté cette éventualité.

Le parti démocrate, autrefois dominant dans le sud, a perdu énormément de terrain depuis les années 1960, réussissant difficilement à réconcilier les deux piliers de son électorat: les milieux blancs populaires, inquiets du mouvement pour les droits civiques, et les noirs, qui ont pu se faire entendre grâce à ce mouvement. Le parti républicain a pu exploiter cette fracture en défendant des programmes socio-économiques conservateurs insistant sur le recul du gouvernement fédéral, des baisses d'impôt et la promotion de la religion à l'école.

Les démocrates n'arrivent plus à gagner dans le sud que s'ils réunissent 90 % du vote des noirs et plus de 40 % du vote des Blancs, une synthèse d'autant plus difficile que les Blancs du sud des États-Unis sont généralement beaucoup plus conservateurs que dans le reste du pays. Les démocrates peuvent cependant exploiter la crise des industries traditionnelles du sud, imputée à l'incapacité des républicains à défendre l'emploi.

De quoi expliquer que les sept candidats à l'investiture démocrate fassent de la lutte contre le chômage la pierre d'angle de leurs discours de campagne dans le sud.