Démantèlement d’un camp en France, migrants bloqués à la frontière gréco-macédonienne

Le démantèlement d’une partie du camp français de Calais regroupant des migrants voulant rejoindre l’Angleterre a repris mardi sous tension après des heurts la veille, sur fond de restrictions imposées par plusieurs pays européens bloquant des milliers de réfugiés dans une crise devenue «mondiale».

Cette crise migratoire, la plus grave en Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, inquiète jusqu’aux États-Unis, sous pression pour prendre la tête d’un règlement international d’urgence à la crise des réfugiés syriens, sous peine selon des experts, de voir s’effondrer des pays du Moyen-Orient et de l’Union européenne.

Les travaux de destruction partielle de la «Jungle» de Calais (nord), point de fixation migratoire en France depuis des décennies regroupant surtout des Syriens, des Afghans et des Soudanais, étaient à nouveau encadrés par un important dispositif des forces de l’ordre après un début mouvementé la veille.

Lundi soir, 150 migrants, armés pour certains de barres de fer, s’en étaient pris à des véhicules en partance pour l’Angleterre avant d’être dispersés par la police à coup de tirs de gaz lacrymogènes. Selon les autorités françaises qui veulent reloger les migrants dans des centres d’accueil répartis sur le territoire, la nuit s’est déroulée dans un calme précaire.

«On prendra le temps nécessaire, si c’est trois semaines, un mois», a déclaré à la chaîne BFMTV Vincent Berton, un des représentants du gouvernement dans le nord de la France.

Le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé «l’activisme d’une poignée de militants No Borders extrémistes et violents». La zone concernée par le démantèlement abrite entre 800 et 1000 migrants selon le gouvernement, 3450 selon les associations.

Un sommet mondial sur les réfugiés?

À des milliers de kilomètres de Calais, d’autres migrants, plus de 7000, restaient bloqués au poste grec d’Idomeni après des restrictions imposées par plusieurs pays, dont la Macédoine, sur le nombre des personnes autorisées à entrer sur leurs territoires, un sujet qui divise profondément l’Union européenne.

Après un passage au compte-gouttes dimanche en Macédoine, un groupe de 300 Irakiens et Syriens, dont des femmes et enfants, ont forcé lundi un cordon policier grec et enfoncé une partie de la barrière de barbelés. Les policiers macédoniens ont riposté par des gaz lacrymogènes.

La Commission européenne s’est déclarée mardi «très inquiète» face à ces incidents. Selon l’organisation Médecins sans frontières (MSF), le nombre actuel de migrants à Idomeni est quatre fois plus élevé que la capacité des deux camps installés près du poste-frontière et de nombreuses personnes doivent dormir dans les champs.

Des groupes prennent aussi place au plus près de la porte découpée dans le grillage en espérant être parmi les prochains à traverser et n’ont pas bougé depuis trois jours, en dormant sous des bâches. Parmi eux, Fayssal, un Syrien de 30 ans amputé des deux jambes après un bombardement à Damas, qui voyage équipé de deux prothèses «de quatre kilos chacune», avec l’aide de son copain Hassan.

La Macédoine est le premier pays sur la route des Balkans, empruntée par les migrants qui arrivent sur les îles grecques en provenance des côtes turques et veulent rejoindre les pays de l’Europe centrale et du Nord.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, entame mardi à Vienne une tournée dans les pays des Balkans et se rendra également jeudi et vendredi en Turquie avant un sommet européen crucial convoqué le 7 mars à Bruxelles.

La Turquie, de plus en plus considérée côté européen comme la clé pour résoudre la crise migratoire, y assistera. Les États-Unis «considèrent que la crise des réfugiés est mondiale (...) Ce n’est pas un défi régional (...) C’est un test pour nous tous», a déclaré le chef de la diplomatie américaine John Kerry lundi à Washington.

La veille, la chancelière allemande Angela Merkel avait estimé que l’UE ne pouvait pas laisser la Grèce «plonger dans le chaos» face à l’afflux migratoire.

L’ex-ambassadeur des États-Unis en Irak et en Syrie, Ryan Crocker, a de son côté réclamé au gouvernement américain d’organiser au plus vite «un sommet mondial sur les réfugiés» car «ni la région [le Moyen-Orient], ni l’Europe ne peuvent surmonter» la crise.

Après l’Autriche, premier pays à avoir imposé des quotas, la Croatie, la Slovénie, membres de l’UE, ainsi que la Macédoine et la Serbie ont décidé à leur tour la semaine dernière de limiter le nombre de migrants autorisés sur leurs territoires, provoquant des protestations d’Athènes.

La Grèce estime qu’entre 50 000 et 70 000 personnes risquent d’être bloquées dans le pays en mars contre 22 000 actuellement. Alors que les dissensions s’exacerbent au sein de l’UE, Mina Andreeva, porte-parole de la Commission européenne, a annoncé lundi qu’«un plan d’urgence était en train d’être élaboré pour aider la Grèce» ainsi que d’autres pays de l’Europe de l’Ouest «afin de prévenir une éventuelle crise humanitaire».  

Plus de 131 000 migrants arrivés en Europe par la Méditerranée depuis janvier

Plus de 131 000 migrants sont arrivés en Europe par la Méditerranée depuis début janvier, a annoncé mardi le HCR (Haut-commissariat aux réfugiés) à Genève, soit davantage que pour les 5 premiers mois de l’an dernier.

«Les chiffres de ce matin montrent que 131 724 personnes ont fait le voyage [par la Méditerrané] en janvier et février, dont 122 637 sont arrivés en Grèce, soit un chiffre supérieur à celui des 5 premiers mois de 2015», a déclaré un porte-parole du HCR.

En outre, quelque 410 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée de la Méditerranée depuis le début de l’année, a ajouté le porte-parole.

Au total, le HCR relève que les arrivées de migrants en Europe ont ralenti en hiver, mais «restent à un niveau relativement élevé».

Concernant la Grèce, le HCR indique que 24 000 migrants et réfugiés ont actuellement besoin d’un hébergement, dont 8500 se trouvent à Idomeni, à la frontière avec la Macédoine.

Au moins 1500 personnes ont dormi en plein air, la nuit dernière, a ajouté le porte-parole.

En raison de la forte affluence de migrants dans cette zone, il y a des risques de manque de nourriture, d’abris, d’eau et d’installations sanitaires. En outre, des tensions se créent entre migrants.

Les autorités grecques ont érigé deux camps, déjà saturés, près d’Idomeni.

«La Grèce ne peut pas gérer cette situation toute seule», a conclu le HCR qui demande que le plan de réinstallation des migrants en Europe, adopté en 2015, soit mis en oeuvre.

 
Agence France-Presse
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 1 mars 2016 09 h 09

    L'issue?

    Voilà bien une raison de plus pour mettre fin à cette guerre en Syrie. La crise des réfugiés déstabilise de plus en plus de pays. Et tous ces drames humains. Et en toile de fond, Daech. Quelle sera l'issue à tous ces conflits et crises? Nous vivons vraiment dans une époque trouble.

    M.L.