Invalidation des candidatures de nombreux réformateurs aux élections législatives en Iran - Un tiers des députés démissionnent

Téhéran — Bras de fer politique en Iran. Plus de 40 % des députés iraniens ont remis leur démission hier pour protester contre la décision du Conseil des gardiens de la Révolution, organe conservateur, d'invalider la candidature de nombreux réformateurs pour les élections législatives du 20 février prochain.

Une lettre de démission signée d'abord par 109, puis par 124 députés réformateurs a été remise au président du Majlis (Parlement), Mahdi Karroubi. Dans celle-ci, ils annoncent qu'ils ne pourront pas se présenter au scrutin. Parmi ceux qui ont démissionné figurent 80 parlementaires invalidés.

Mahdi Karroubi a déclaré que chaque démission serait discutée et soumise à un vote lors des prochaines sessions du Parlement, mais il n'a pas précisé combien de temps ce processus prendrait. Il a insisté sur le fait que la décision finale sur les démissions dépendrait du Majlis.

Le député Rajab Ali Azrouie a pour sa part lu un texte dénonçant le résultat prévu d'avance d'élections tronquées par les restrictions imposées par le Conseil des gardiens.

«Une élection dont on connaît le résultat avant l'heure constitue une trahison des droits et des idéaux de la nation», a-t-il déclaré devant les quelque 200 députés présents. Selon lui, de telles législatives seraient «illégitimes et inacceptables pour la nation».

Après la lecture du texte, tous les députés démissionnaires se sont rassemblés dans le centre de l'hémicycle pour témoigner de leur solidarité.

Ces démissions interviennent au lendemain de l'annulation, par le président Mohammad Khatami qui souffrait d'un violent mal de dos, d'une réunion d'urgence de son cabinet sur cette crise politique opposant des députés réformateurs aux conservateurs du Conseil des gardiens.

Mahdi Karroubi a affirmé que lui et M. Khatami avaient entamé «de nouveaux efforts» pour résoudre la crise, et qu'ils avaient eu des discussions avec l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, qui peut annuler les décisions du Conseil des gardiens.

Parodie d'élection

Visiblement abattu, M. Karroubi a appelé l'ayatollah Khamenei à résoudre la crise et il a accusé le conseil des gardiens de «manquer de respect à l'égard des valeurs démocratiques et de n'avoir aucune confiance dans un vote populaire».

M. Karroubi s'est également interrogé sur leur loyauté par rapport à l'Islam. «Êtes-vous loyaux à l'égard de l'Islam si vous priez quotidiennement mais que vous bafouez ensuite les droits du peuple?», a-t-il lancé, sous les applaudissements des députés.

Mohsen Mirdamadi, un des députés démissionnaires, a déclaré que les parlementaires ne feraient pas de compromis avec leurs convictions démocratiques. «Nous ne ferons pas de compromis sur les droits les plus fondamentaux de la nation, qui sont les droits de choisir et d'être choisi librement», a-t-il souligné.

Mohammad Reza Khatami, le frère du président Khatami, a accusé pour sa part le Conseil des gardiens de tuer le mouvement réformateur en Iran. «Le Conseil des gardiens a tué toutes les occasions. Il n'y a pas d'espoir pour une solution. Nous ne participerons pas à cette parodie d'élection», a-t-il souligné.

Samedi, le président Khatami avait laissé entendre que son gouvernement annulerait les législatives du 20 février si elles devaient se dérouler dans les conditions posées par le Conseil des gardiens.

Le Conseil des gardiens a annulé vendredi 1160 des 3600 invalidations, sur 8200 candidatures, qu'il avait initialement prononcées, mais plus de 2400 réformateurs, dont 80 députés siégeant actuellement, restent encore écartés du scrutin.