Le club sélect des milliards d’utilisateurs inscrits

Fin 2015, le nombre d’internautes dans le monde était estimé à 3,3 milliards.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Fin 2015, le nombre d’internautes dans le monde était estimé à 3,3 milliards.

S’il y a bien un point commun entre les « GAFA » américains (Google, Amazon, Facebook, Apple, auxquels on peut ajouter le M de Microsoft), c’est que tout ce qu’ils font se compte en milliards : revenus, bénéfices, connexions et, évidemment, des milliards sur les comptes en banque de leurs dirigeants. Mais le nec plus ultra, c’est de parvenir au milliard d’utilisateurs inscrits. Des utilisateurs de services pour la plupart gratuits qui y reviennent au moins une fois par mois. Et plus ils le font via des terminaux mobiles, plus les marchés applaudissent : c’est le signe qu’ils sont à la page des usages les plus novateurs de la vie connectée. À l’aune de ce critère, sept « services » ou applications dépassent aujourd’hui la barre fatidique du milliard d’usagers.

C’est Google, devenu mardi à Wall Street l’entreprise la plus valorisée au monde (555 milliards de dollars, contre 534 milliards pour Apple) qui se taille la part du lion. Cinq de ses applications sont concernées : le système d’exploitation Android, archidominant sur les mobiles (1,4 milliard d’appareils activés), le navigateur Chrome, l’application de cartographie Maps, la plateforme de vidéos YouTube et, depuis un mois, la messagerie Gmail.

Le groupe Facebook n’est pas en reste avec deux services dans cette catégorie : son réseau social, de loin la plateforme la plus utilisée au monde (1,55 milliard d’inscrits, dont 1,04 milliard vient tous les jours) et, depuis mardi, la messagerie WhatsApp, rachetée pour la bagatelle de 22 milliards de dollars en 2014. Messenger, sa deuxième application de messagerie, n’est plus très loin derrière et revendique plus de 800 millions d’usagers.

Dans ce concert de nombres à dix chiffres, Apple n’est pas en reste : la firme à la pomme a elle aussi annoncé en janvier avoir dépassé la barre du milliard d’appareils (iPhone, iPad, Mac, iPod Touch, Apple TV et Apple Watch) connectés à iCloud et à ses boutiques d’applications AppStore. Même Microsoft s’est mis à communiquer sur ce nombre magique en annonçant que c’était l’objectif pour son nouveau système d’exploitation Windows 10 à l’horizon 2018 (200 millions pour l’instant).

La conquête

Compter ses utilisateurs, c’est bien, mais en conquérir de nouveaux, c’est mieux. Et tous les géants ont un objectif en commun, « the next billion ». Ils ne parlent pas de leurs propres utilisateurs, mais bien du prochain milliard d’internautes. Les deux sont intimement liés. Fin 2015, le nombre d’internautes dans le monde était estimé à 3,3 milliards, soit un peu moins de la moitié de la population. La réserve de nouveaux inscrits potentiels est donc limitée, surtout quand on sait certains gros marchés compliqués à approcher pour une société américaine (Chine, Russie, etc.).

Il faut donc connecter les pays en voie de développement. Normalement, c’est le boulot des opérateurs, mais les populations concernées ne sont pas toujours très « rentables », alors que des données personnelles, ça peut toujours servir. Depuis plusieurs années, Facebook et Google rivalisent pour apporter gratuitement la bonne parole connectée aux populations les moins riches.

Dans leurs cartons, des projets pharaoniques pour connecter de grands territoires depuis les airs. Pour le réseau social, il s’agit d’un drone, Aquila, fonctionnant à l’énergie solaire et capable de rester trois mois dans les airs pour fournir une connexion dans un rayon de 80 kilomètres. Du côté du géant de Mountain View, on est un peu plus avancé et on mise sur des ballons stratosphériques gonflés à l’hélium. Google a déjà signé un partenariat, en juillet, pour apporter le Net sur tout le territoire du Sri Lanka.

Neutralité

En attendant que ces grands programmes se concrétisent, d’autres opérations, plus rapides à mettre en oeuvre, sont menées. En Inde, par exemple, Google a annoncé en septembre avoir équipé 400 gares d’accès wi-fi haut débit. Quelques mois plus tôt, en février, c’est Facebook qui lançait son service gratuit, Internet.org, en partenariat avec l’opérateur local Reliance Communications. Problème : cette connexion, gratuite, ne permet d’accéder qu’à Facebook et à quelques autres sites partenaires…

Les autorités indiennes ont demandé fin décembre à Reliance de mettre un terme au service pour non-respect de la neutralité du Net. Si même les plus pauvres exigent un Internet ouvert, la chasse au prochain milliard promet d’être agitée.