Le Brésil, le mauvais élève de 2015

Berlin — Le Brésil, miné par le scandale politico-financier du groupe pétrolier Petrobas, a connu la plus forte baisse dans le classement annuel de l’ONG anticorruption Transparency International qui, pointe une fois encore les dérives des pays émergents.

« Tous les BRICS [le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud], les pays prometteurs de l’économie mondiale, sont concernés et ont des scores en dessous de 50 dans notre index », a expliqué Robin Hodess, directrice de recherche au sein de l’ONG basée à Berlin.

Mais c’est le Brésil qui « est le pays qui a enregistré la plus forte baisse dans le classement : il a chuté de 5 points et de 7 places et occupe à présent la 76e place », souligne le rapport.

Le scandale Petrobras et la tempête politique qu’il a provoquée ont eu « un impact phénoménal », a souligné Mme Hodess. La compagnie pétrolière publique aurait versé pendant des années des pots-de-vin à des dizaines de responsables politiques, principalement dans le camp du gouvernement, aux mains du Parti des travailleurs (PT, gauche).

Chaque année, Transparency International (TI), ONG basée à Berlin, établit un Rapport sur la perception de la corruption, une évaluation (portant cette année sur 168 pays) sur une échelle de 0 à 100, qui classe les pays du plus corrompu au plus vertueux. Ce travail s’appuie sur des données de 12 organismes internationaux, comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le Forum économique mondial.

Parmi les grandes économies émergentes, la Russie est le moins bien classée des BRICS (119e), derrière la Chine (83e), l’Inde (76e) et l’Afrique du Sud (61e).

En Asie, les accusations de corruption visant le premier ministre de Malaisie, Najib Razak, ont également retenu l’attention de l’ONG.

Bons et mauvais élèves

Globalement, « deux tiers des 168 pays évalués par l’indice 2015 obtiennent une note inférieure à 50 », relève le rapport.

Les plus mauvais élèves sont ex aequo la Corée du Nord et la Somalie (8 points), devancés par le Soudan (165e, 15 points) et l’Afghanistan (166e, 11). L’Irak (161e, 16) et la Syrie (154e, 18) ne sont pas loin.

A contrario, la Scandinavie monopolise les premières places : le Danemark est en tête (91 points), devant la Finlande (90) et la Suède (89).

Si la grande majorité des pays ont une note inférieure à la moyenne, Transparency relève avec satisfaction « que le nombre de pays ayant réussi à améliorer leur score a été plus élevé que celui des pays où il a baissé ». « 2015 a également été une année où les citoyens sont encore une fois descendus dans la rue pour protester contre la corruption », a souligné le président l’ONG, le Péruvien José Ugaz, qui y voit un « signal fort ».

À cet égard, l’organisation cite l’exemple du Guatemala. « Les gens ont manifesté, se sont exprimés avec force contre la corruption qui touchait le gouvernement dans son ensemble et le président est désormais en prison », a souligné Mme Hodess.

Novice en politique, l’humoriste Jimmy Morales a été élu l’an passé après une mobilisation historique qui avait culminé avec la démission, quelques jours avant le premier tour le 6 septembre, du président Otto Perez puis son placement en détention provisoire.

La mobilisation des gens « peut faire une grande différence », juge, optimiste, Mme Hodess.

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