Grippe aviaire - L’OMS brandit le spectre d’une pandémie

La grippe a tué des millions de poulets au Pakistan.
Photo: Agence Reuters La grippe a tué des millions de poulets au Pakistan.

Boston et Genève — L'épidémie de grippe aviaire a déjà causé quelques décès humains en Asie, mais les scientifiques redoutent surtout une mutation du virus qui pourrait engendrer une forme entièrement nouvelle de grippe humaine et une pandémie au potentiel dévastateur. Une telle épidémie pourrait causer «des millions de morts dans le monde», a prévenu hier Shigeru Omi, directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Rien ne prouve que cela va se produire, mais la propagation rapide de la peste aviaire en Asie depuis décembre et sa tendance à la mutation font envisager cette hypothèse. Les pandémies de grippe frappent habituellement trois ou quatre fois par siècle. La pire du XXe siècle a été la grippe espagnole de 1918-19, avec un bilan estimé entre 40 et 50 millions de morts. Une nouvelle épidémie paraît inévitable, à une date et avec une ampleur impossibles à prédire.

Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il est donc urgent d'éliminer le «réservoir animal» de la peste aviaire, qui a entraîné la mort ou l'abattage de millions de volatiles dans neuf pays d'Asie. Le virus est naturellement présent chez les canards sauvages mais il s'attaque rarement à autre chose qu'à des oiseaux ou des porcs.

Opération coûteuse

Avec l'OMS, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Office international des épizooties (OIE) ont lancé hier un appel en faveur des pays d'Asie frappés par la grippe aviaire, suggérant de compenser les pertes des éleveurs forcés d'abattre leurs volailles afin d'enrayer cette «grave menace mondiale».

«Nous disposons d'une occasion pour éliminer la menace, mais il faut faire vite», a estimé M. Diouf, directeur général de la FAO, alors que plusieurs millions de volailles sont mortes ou ont été abattues depuis l'apparition du virus H5N1 à la mi-décembre.

«L'opération sera particulièrement coûteuse, notamment pour les économies en difficulté et les petits exploitants. La communauté internationale veut que ces efforts aboutissent et il faut aider les pays pauvres», a ajouté M. Diouf, cité dans un communiqué conjoint des trois organisations.

Vendredi, le responsable de la FAO au Vietnam, Anton Rychener, s'était dit préoccupé par la réticence à abattre les volailles dans ce pays. «Je suis un peu inquiet. Le gouvernement ne paie que 5000 dongs [30 ¢] pour un poulet tué, mais leur valeur marchande dépasse les 50 000 dongs.»

Hier, la Chine s'est dite à son tour touchée par le virus qui touche désormais dix pays d'Asie. L'épidémie a fait au moins huit morts au total, au Vietnam et en Thaïlande. Au siège de l'OMS à Genève, le Dr Klaus Stoehr, l'un des principaux experts de la grippe, a estimé que la contamination annoncée par la Chine dans la région du Guangxi «ajoute une nouvelle dimension» à l'épidémie, de par la taille du pays. «N'oublions pas cependant qu'il ne s'agit que d'un seul élevage de canards. Nous n'avons que des cas suspects dans les autres régions», a-t-il dit.

Le Dr Stoehr s'est cependant dit surpris d'apprendre que des canards avaient succombé au virus, ces volatiles étant en général de simples vecteurs de la grippe, à laquelle ils ne succombent pas.

Les cas humains confirmés et suspects au Vietnam et en Thaïlande, fatals pour certains, suscitent donc l'inquiétude des scientifiques, après l'apparition de la forme humaine à Hong Kong en 1997 (six morts). La contamination semble s'effectuer par le contact avec la volaille et non d'homme à homme.Le Dr Steve Ostroff, directeur adjoint du Centre national (américain) pour les maladies infectieuses, souligne qu'une nouvelle souche pandémique peut apparaître de deux façons: soit un virus humain revient après des années d'absence alors qu'on ne fabrique plus de défenses naturelles contre lui, soit une forme non humaine acquiert la faculté d'infecter l'homme et se répand.

Plus un grand nombre d'humains attraperont la grippe aviaire et plus cette seconde hypothèse risque de se concrétiser: s'il touche un humain déjà grippé, le virus animal peut s'associer pour engendrer un mutant mi-animal, mi-humain. Et avec la transmission interhumaine point le spectre d'une pandémie.

Le temps presse pour trouver un vaccin

car les spécialistes sont pessimistes sur les chances d'arrêter une pandémie. Et la grippe est trop contagieuse pour compter sur des mises en quarantaine. Des études suggèrent que des antiviraux utilisés contre la grippe pourraient prémunir de la grippe du poulet, mais aucun pays n'en a stocké.

Certes, l'OMS travaille sur un prototype de

vaccin contre la peste aviaire, mais même la production du vaccin annuel contre la grippe prend six mois.