La police traque les gilets de la mort

Ankara — La police turque a démantelé à Izmir (ouest) un atelier de fabrication illégale de gilets de sauvetage bon marché utilisés par les migrants qui tentent de rejoindre les îles grecques, dont 36 ont péri mardi lors de naufrages, a rapporté mercredi la presse locale.

Au moment où les gendarmes récupéraient les corps des victimes sur les plages de la région de Balikesir (ouest), face à l’île de Lesbos, les forces de l’ordre ont perquisitionné un atelier où elles ont saisi 1263 gilets orange, a précisé l’agence de presse Dogan.

Selon les autorités citées par l’agence, ces équipements ne répondent pas aux normes de sécurité et ne permettent pas à leurs utilisateurs de garder la tête hors de l’eau.

Cet atelier, situé en plein centre de la troisième ville turque, employait quatre ouvriers, dont deux jeunes filles réfugiées syriennes, a précisé Dogan. Des poursuites pénales ont été engagées contre les propriétaires de l’atelier.

Un massacre

« Ce ne sont pas des gilets de sauvetage, mais des gilets de la mort. C’est simplement un massacre », a déploré sur la chaîne d’information NTV un fabricant de gilets homologués d’Izmir, Ali Karakurt. « Ils utilisent du fil à coudre en coton au lieu de matériel synthétique, qui coûte beaucoup plus cher. Rien n’est aux normes dans cet équipement », a-t-il ajouté en réclamant les sanctions les plus sévères contre les contrefacteurs.

Au moins 36 migrants, dont de nombreux enfants, qui tentaient de rejoindre la Grèce sont morts noyés mardi au large des côtes turques lors de plusieurs naufrages, les plus meurtriers survenus en mer Egée depuis le début de l’année.

La Turquie, qui accueille à elle seule 2,2 millions de Syriens et 300 000 Irakiens qui ont fui leur pays en guerre, est devenue l’un des principaux points de départ des migrants qui veulent s’installer en Europe.

Mercredi, le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a rendu la communauté internationale et son inaction coupable de cette énième catastrophe. « La faute de ces 36 corps morts qui ont échoué sur nos plages hier incombe à la communauté internationale et au Conseil de sécurité de l’ONU d’abord », a accusé M. Davutoglu. « Cette faute incombe à ceux qui mettent leur veto à chaque résolution sur la Syrie, à commencer par la Syrie », a-t-il insisté.