Des élus américains rencontrent Kadhafi pour «oublier le passé»

Tripoli — Des parlementaires américains ont rencontré hier le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et ont souligné une volonté «d'oublier le passé», en concluant une visite à Tripoli sans précédent depuis plus de trente ans. «Kadhafi était ouvert. Nous avons parlé des armes de destruction massive [ADM]», a déclaré à l'AFP le député républicain Curt Weldon, qui dirige cette délégation de cinq élus républicains et deux démocrates.

Il s'agit de la première équipe de parlementaires américains à se rendre en Libye depuis l'accession au pouvoir de M. Kadhafi en 1969. Washington et Tripoli ont rompu leurs relations diplomatiques en 1981. La visite des députés intervient après l'annonce le 19 décembre par la Libye de sa décision de renoncer à tout programme d'ADM, alors qu'elle avait toujours assuré ne pas en posséder.

Le numéro un libyen a reçus les élus américains dans une tente installée devant son ancienne résidence à Tripoli détruite il y a près de 18 ans par un bombardement américain ayant coûté la vie à 37 personnes, dont sa fille adoptive.

«Nous voulons oublier le passé. En ce jour nouveau, nous espérons ouvrir une nouvelle page», a affirmé le démocrate Solomon Ortiz, qualifiant de «chaleureuse» la rencontre avec M. Kadhafi. «Nous avons exprimé nos regrets et présenté nos condoléances au dirigeant libyen pour la mort de sa fille», a dit le républicain Mark Souder. «À présent, nous menons un dialogue pour construire une vision commune et assurer un développement des relations» bilatérales.

Selon le porte-parole du ministère libyen des Affaires étrangères, Hassouna al-Chaouch, qui a assisté à l'entretien, «les moyens de renforcer les liens et établir des relations égales entre les deux pays» ont été évoqués.

La délégation américaine, arrivée dimanche, a par ailleurs visité des universités et s'est rendue à Tajoura, un centre de recherches scientifiques dans la banlieue est de Tripoli. Elle a également rencontré le vice-premier ministre, Maatouk Maatouk, avant son départ de Tripoli en début de soirée.

Pour sa part, un autre parlementaire américain, le démocrate Tom Lantos, membre de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, arrivé en Libye samedi, a rencontré des membres de la communauté américaine à Tripoli.

«Je vais demander à mon pays de lever l'interdiction imposée au voyage des ressortissants américains en Libye et le rétablissement des relations» entre les deux pays, a-t-il déclaré devant ses compatriotes. «Je m'attends à voir le drapeau américain flotter en Libye et à l'ouverture des ambassades en 2005», a ajouté M. Lantos qui a aussi rencontré M. Kadhafi. Il devait quitter Tripoli aujourd'hui.

Outre son annonce-surprise de renoncer à son programme d'ADM décidé après neuf mois de négociations secrètes avec Londres et Washington, la Libye a fait un autre geste envers les Américains et les Britanniques dans l'affaire Lockerbie. Elle a accepté en août 2003 de verser 2,7 milliards de dollars aux familles des victimes de l'attentat contre un avion de la Pan Am qui avait explosé au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie en décembre 1988 (270 morts), obtenant en contrepartie la levée des sanctions de l'ONU.

Le président George W. Bush a cependant prolongé début janvier les sanctions américaines imposées à Tripoli depuis 1986, affirmant que Tripoli devait encore devait poursuivre par des «mesures concrètes» sa politique d'ouverture sur les armes non conventionnelles.

Dimanche, les parlementaires américains ont assuré leurs interlocuteurs libyens de leur volonté de faire en sorte que ces sanctions soient levées rapidement.

Le premier ministre libyen Choukri Ghanem a dit de son côté à un «retour avant un an des sociétés pétrolières américaines en Libye».