Hollande, plus à droite que la droite?

Le journal Le Parisien évoque « le jour où Hollande a piégé Sarkozy », le Nouvel Observateur se questionne sur une éventuelle alliance Paris-Moscou, Le Monde évoque le « virage sécuritaire » du président : même Le Figaro, classé plus à droite, « ne conteste pas » les récentes décisions de François Hollande. En France, le président en surprend plus d’un avec sa nouvelle posture, semblable à celle d’un commandant en chef.

Devant le parlement, lundi, François Hollande avait perdu l’émotion qui l’habitait le soir des attentats, quand il a dit des attaques sur Paris qu’elles constituaient « une horreur ». « Il n’y aura aucun répit ni aucune trêve », a-t-il lancé devant les élus, à propos des opérations militaires françaises qui viseront — et visent déjà — la Syrie.

Tout à coup, il semblait possible, pour le président, de dissocier l’intervention militaire française en Syrie de la présence, à la tête du pays, du dictateur Bachar al-Assad. La semaine prochaine, François Hollande se rendra à Moscou pour rencontrer l’allié du président syrien, Vladimir Poutine.

Plusieurs mesures exigées

Prolongation de l’état d’urgence de trois mois, création de 5000 nouveaux emplois dans les forces de sécurité, révision de la Constitution pour permettre d’agir « contre le terrorisme de guerre », retrait de la nationalité française aux binationaux condamnés pour terrorisme ou atteinte aux intérêts du pays, assouplissement des règles de légitime défense des policiers : « Une bonne part des mesures annoncées font écho à des propositions parfois anciennes de l’opposition de droite », rappelait mardi l’Agence France-Presse (AFP).

Les visées du président vont même plus loin que celles de ses adversaires, dont son prédécesseur Nicolas Sarkozy, qui avait réduit la taille des forces de l’ordre pendant son mandat. François Hollande n’hésite pas à « reprendre à son compte des propositions de la droite, voire de l’extrême droite », estime aussi Le Monde dans son éditorial de mardi.

À l’AFP, un dirigeant du parti les Républicains, de Nicolas Sarkozy, a dit de Hollande qu’il a été « désespérément habile ». « Il nous a coupé l’herbe sous le pied », a-t-il admis. « Hollande a été malin », a aussi confié un haut dirigeant du Front national de Marine Le Pen, habituellement bien loin de l’idéologie du président.

Un «Patriot Act» à la française ?

Reste que le spectre d’un Patriot Act à la manière française ne semble pas faire l’unanimité. La loi américaine, créée au lendemain des attentats du 11-Septembre, doit « fournir les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme ». Elle renforce le pouvoir des agences américaines de renseignement et de lutte contre le crime sur les questions liées au terrorisme, mais prévoit aussi l’accès à des données personnelles sans que soient informées les personnes ciblées par ces incursions. Une version française de la loi pourrait aussi permettre la détention sans limites et sans accusations de toute personne soupçonnée de terrorisme.

Le Syndicat de la magistrature a dit à l’AFP qu’il s’inquiétait d’une « suspension — même temporaire — de l’état de droit ». Le syndicat, qui représente des magistrats français de gauche, a souligné que l’état d’urgence permet « des perquisitions jour et nuit sans l’aval d’un juge, des assignations à résidence et autres privations de liberté sans encadrement judiciaire », rapporte l’agence de presse.

Le juriste Serge Slama, abondamment cité dans les médias français, y est allé d’un avertissement.

« Quand, face à une menace permanente, on prend des décisions qui tendent à pérenniser l’exceptionnel, ce n’est jamais bon pour la démocratie », a-t-il prévenu.