Guerre urbaine à huis clos contre les Kurdes à Silvan

C’est le nouveau visage du conflit kurde. Depuis huit jours, Silvan, ville située au sud-est du pays, est le théâtre, loin des caméras, de violents combats entre forces de sécurité turques et rebelles kurdes qui ont plongé ses habitants dans une sanglante guerre urbaine.

Au moins sept personnes, dont deux civils et un policier, ont déjà été tuées dans la bataille engagée par les forces spéciales de la police, appuyées par des chars, pour arracher le contrôle de trois zones des mains des militants de la Jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H), proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Au milieu du claquement des armes automatiques et du hululement des sirènes d’ambulances, les résidents des quartiers Tekel, Mescit et Konak sont soumis à un strict couvre-feu instauré par le gouverneur local pour, a-t-il dit, les « protéger » pendant des opérations de nettoyage de la police turque.

« Des zones où vivent des civils sont bombardées par des tanks, des obus sont tirés », s’est inquiétée lundi une députée du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), Sibel Yigitalp. « Si vous utilisez des tanks dans des zones d’habitation, alors cela veut dire que vous avez déclaré la guerre à votre peuple », a-t-elle accusé.

Aucune sécurité

Depuis la rupture du cessez-le-feu par le PKK l’été dernier, Silvan et ses quelque 90000 habitants ont été les témoins de violents incidents à répétition. Ils ont repris dès le lendemain des élections législatives du 1er novembre, remportées haut la main par le parti du président Recep Tayyip Erdogan, lorsque les jeunes YDG-H ont creusé des tranchées et installé des barricades pour interdire l’accès à leurs bastions.

En réponse, les tireurs d’élite de la police ont pris position et ses blindés légers, appuyés selon des témoins par des chars, patrouillent dans les rues. Les fusillades y sont fréquentes. Les habitants, terrés chez eux, en sont les premières victimes.

« Dans les zones soumises à couvre-feu, il n’y a aucune sécurité », a témoigné Ihsan Bahtiyar, un journaliste local, « on ne sait pas d’où viennent les tirs ». « Les gens ont peur et ne sortent pas », a-t-il ajouté, « les gens se font tirer dessus même dans des quartiers où il n’y a pas de couvre-feu ».

Lundi, un habitant, Yakup Sinbag, est mort après avoir été pris dans un échange de coups de feu, et un chauffeur de taxi, Mehmet Gündüz, a été tué par balle devant un café. « Des témoins ont dit que la police avait mitraillé » la façade du café, a déclaré Omer Onen, coprésident de la section locale du HDP, dont une délégation a été autorisée à visiter les zones soumises à couvre-feu.

En septembre, la ville de Cizre, aux confins des frontières syrienne et irakienne, avait été le théâtre d’affrontements similaires et soumise, elle aussi, à un couvre-feu de plus d’une semaine. Vingt-et-un civils y avaient trouvé la mort, selon les ONG, alors que le gouvernement avait affirmé que les victimes étaient toutes des « terroristes ».

Les incidents armés s’y poursuivent, régulièrement. Lundi, un hôpital a été touché par un tir de roquette qui a lourdement endommagé la morgue, sans faire de victimes.

Les combats qui ont éclaté à Silvan et à Cizre illustrent le nouvel aspect pris la guerre entre Ankara et le PKK, qui a fait plus de 40 000 morts depuis 1984.

Aux attaques de convois militaires en zones rurales et montagneuses, les rebelles semblent privilégier le front urbain, dans l’espoir de susciter des soulèvements. Une stratégie peu payante jusqu’à présent, et qui met en danger les populations civiles.

Fort de son récent triomphe électoral, M. Erdogan a réaffirmé sa volonté inébranlable de « liquider » le PKK. « Nous continuerons notre combat jusqu’à ce que l’organisation terroriste enterre ses armes, que ses membres se rendent et quittent le sol turc », a-t-il martelé la semaine dernière.