Obama rejette le projet d’oléoduc Keystone XL

Washington — Jugeant que l’oléoduc Keystone XL ne servirait pas les intérêts nationaux des États-Unis, l’administration de Barack Obama a formellement rejeté, vendredi, le projet proposé par TransCanada pour transporter du pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta vers les raffineries du sud des États-Unis.

M. Obama en a fait l’annonce vendredi midi, estimant que l’oléoduc avait tenu un rôle trop large dans le discours politique du pays. Il a par ailleurs expliqué la décision en indiquant que le projet n’aurait pas contribué de manière importante et durable à l’économie américaine, qu’il n’aurait pas fait diminuer les prix du pétrole — qui, a-t-il rappelé, ont déjà baissé de toute façon — et qu’il n’aurait pas renforcé la sécurité énergétique du pays.

Le nouveau premier ministre Justin Trudeau a exprimé de la déception vis-à-vis à l’annonce du président américain, avec qui il a discuté de la situation.

« Nous sommes désolés de cette décision, mais respectons le droit des États-Unis à prendre celle-ci, a écrit M. Trudeau dans une déclaration publiée vendredi. Les rapports entre le Canada et les États-Unis sont beaucoup plus vastes qu’un seul projet et je suis impatient de rencontrer le président Obama dans un avenir rapproché pour prendre un nouveau départ afin de renforcer nos liens remarquables dans un esprit d’amitié et de collaboration. »

Répondant aux journalistes, vendredi, son ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a affirmé que le Canada saurait se positionner de manière favorable sur l’échiquier environnemental, malgré l’importance du pétrole au Canada.

« Le premier ministre Trudeau et tout son gouvernement vont envoyer au monde le message que le Canada va être exemplaire sur le plan environnemental, dans la lutte aux changements climatiques, et que, donc, les produits canadiens peuvent être achetés partout dans le monde en toute confiance parce qu’on fait notre part pour aider la planète — en fait, aider l’humanité — à se réconcilier avec la seule planète que nous ayons », a-t-il déclaré à Ottawa.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a aussi fait parvenir un communiqué exprimant sans déception « que le président Obama ait plié devant la pression politique ».

« Il était clair depuis un certain temps que malgré les faits, les avantages économiques et les protections environnementales, la décision de la Maison-Blanche était un fait accompli. J’ai parlé au premier ministre Trudeau aujourd’hui et je l’ai encouragé à continuer à défendre l’accès du secteur énergétique au marché », a indiqué Mme Ambrose.

TransCanada a pour sa part déclaré qu’elle réfléchissait présentement aux différentes options s’offrant à elle, dont celle de présenter une demande pour un nouveau permis.

« TransCanada et ses partenaires demeurent absolument résolus à réaliser cet important projet, a soutenu Russ Girling, président et chef de direction de l’entreprise, dans un communiqué. Nous examinerons la possibilité de soumettre une nouvelle requête aux autorités transfrontalières afin de pouvoir expédier le pétrole brut de nos clients et nous analyserons les arguments donnés pour justifier le rejet. »

En début de semaine, TransCanada avait causé la surprise des deux côtés de la frontière en demandant la suspension temporaire de la demande d’autorisation du projet. Mercredi, l’administration Obama avait refusé de permettre ce délai.

L’oléoduc Keystone XL devait acheminer près du quart des exportations pétrolières du Canada vers des raffineries près du golfe du Mexique, ce qui nécessitait un permis pour qu’il puisse traverser la frontière.

Rejet attendu

Le rejet de Barack Obama était attendu. D’ailleurs, les principaux candidats à l’investiture du Parti démocrate en vue de la présidentielle s’étaient opposés au projet : Hillary Clinton et Bernie Sanders avaient tous deux annoncé qu’ils étaient contre.

Bien que le projet de 8 milliards soit mort pour l’instant, la décision de l’administration Obama ne sera sans doute pas le point final de cette saga qui dure depuis sept ans.

Les bailleurs de fonds de l’oléoduc pourraient se tourner vers les tribunaux pour s’opposer à la décision, et le Congrès, sous contrôle républicain, pourrait tenter d’outrepasser la décision présidentielle, bien que de tels efforts aient échoué par le passé. Le projet pourrait également être revu en 2017 si un républicain est élu à la Maison-Blanche et invite TransCanada à présenter une nouvelle demande.

On peut également se demander si le géant énergétique de Calgary tentera de récupérer plus de 2 milliards déjà investis dans le développement du projet. Plus tôt cette année, l’entreprise avait laissé la porte ouverte à une poursuite contre le gouvernement américain en vertu des dispositions de l’ALÉNA.

La première demande de permis de TransCanada pour le projet Keystone XL remonte à septembre 2008, soit quelques semaines avant que Barack Obama ne soit élu président.

D’après le plan initial, l’oléoduc devait partir des exploitations de sables bitumineux canadiennes, traverser le Montana, le Dakota du Sud et le Nebraska avant de se connecter à des oléoducs existants afin de transporter plus de 800 000 barils de pétrole brut par jour vers des raffineries du Texas.

8 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 6 novembre 2015 12 h 10

    M.Couillard

    Faites donc pareils avec Energie Est et Trans Canada Pipeline pour traverser notre territoire.

    • Léopold Tremblay - Abonné 6 novembre 2015 12 h 59

      Peut-on parler d'intérêt national quand il s'agit seulement d'une province?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 novembre 2015 15 h 04

      La pression va augmenter vers l'est. Le «bouchon» va-t-il tenir ?

      PL

    • André Tremblay - Abonné 6 novembre 2015 16 h 23

      En ce qui me concerne, l'intérêt national c'est d'abord celui du Québec. Servir de tapis à l'alberta, non merci !

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 6 novembre 2015 12 h 38

    Doute légitime...


    "M. Obama estime que le projet d’oléoduc a tenu un rôle trop large dans le discours politique du pays... que le projet n’aurait pas contribué de manière importante et durable à l’économie américaine, qu’il n’aurait pas fait diminuer les prix du pétrole..."

    Le gouvernement Couillard aura-t-il le même courage que le gouvernement Obama concernant Énergie Est?

  • François Dugal - Inscrit 6 novembre 2015 16 h 47

    Le bon exemple

    Si les puissants USA refusent un pipeline, pourquoi ne pas suivre ce bon exemple, se dit le citoyen responsable.

  • Bernard Terreault - Abonné 6 novembre 2015 17 h 11

    Stéphane Dion défend Keystone

    Stéphane Dion, "Monsieur environnement", démasqué. Aussi favorable à Énergie-Est. Il va dire à Paris, faites comme je vous dis, ça ne veut pas dire faites comme moi !

  • Normand Renaud - Inscrit 7 novembre 2015 15 h 45

    Ça coule

    Le nouveau gouvernement Libéral n'aura pas le choix de faire passer l'oléoduc Énergie-est, bien sûr après avoir fait tout le nécessaire pour rassurer la population sur la fiabilité, fou de D. Gagnier qui est porte-parole chez Trans-Canada Pipeline, qui était aussi co-président de la campagne de Justin Trudeau.
    La réaction de Trudeau sur le refus d'Obama laisse entrevoir la suite.
    Ps. Sous réserve du nouveau président qui sera élu aux E.U.