Les Palestiniens s'inquiètent du silence de Bush sur leur conflit avec Israël

Jérusalem — Les Palestiniens ont exprimé hier leur préoccupation au sujet de l'absence de toute référence à leur conflit avec Israël dans le discours du président américain George W. Bush sur l'état de l'Union alors que l'État hébreu n'y trouvait rien à redire.

M. Bush n'a fait aucune allusion au processus de règlement de la question israélo-palestinienne dans son discours sur l'état de l'Union prononcé mardi devant le Congrès.

«Le fait que le président Bush n'ait pas mention-né de près ou de loin le processus de paix signifie que l'année 2004 sera celle du désengagement américain de ce processus et celle de l'absence de la

"feuille de route"», a déclaré le ministre palestinien chargé des négociations, Saëb Erakat.

La «feuille de route» est un plan de paix international appuyé par les États-Unis et qui prévoit la création par étapes d'un État palestinien indépendant d'ici 2005.

M. Erakat s'est dit préoccupé du risque qu'Israël profite de cette situation «pour intensifier la colonisation et accélérer la construction du mur, ce qui conduira à davantage de détériorations, d'insécurité et d'instabilité dans la région», en référence à la ligne de séparation controversée érigée par Israël en Cisjordanie.

Le premier ministre palestinien Ahmad Qoreï a pour sa part souhaité que le «président Bush se prononce sur l'occupation [israélienne] avant de s'occuper du processus de démocratisation au Proche-Orient».

Pour le politologue palestinien Ali Jarbaoui, le désintérêt américain en ce qui concerne la «feuille de route» est hautement significatif.

«La "feuille de route" est une invention américaine, et ne pas la mentionner traduit l'incapacité américaine à faire avancer la paix», a-t-il estimé.

Selon lui, le premier ministre israélien Ariel Sharon va profiter de cette situation pour tenter «d'imposer un règlement du conflit conforme à ses vues avec la bénédiction de l'administration américaine».

De leur côté, des responsables israéliens n'ont pas accordé d'importance politique particulière aux silences du président Bush sur le conflit, sinon pour s'en réjouir.

«Cela prouve que le président Bush avait d'autres sujets plus importants à évoquer. En ce qui concerne le Moyen-Orient, il a une nouvelle fois insisté sur la nécessité que les pays de la région deviennent démocratiques, ce qu'Israël ne peut qu'approuver», a déclaré le porte-parole du gouvernement, Avi Pazner.