Entre militaires et miliciens

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Magali Videau avec les résidentes de la maison Amani à Beni. L’enfant qu’elle tient dans ses bras s’appelle Noella et elle est née le 24 décembre 2014. C’est le fruit du viol de sa jeune mère de 16 ans (la jeune fille au chandail rose) durant sa captivité au sein du groupe de miliciens d’où elle s’est enfuie en juillet 2014. Elle a été hébergée au centre de son septième mois de grossesse jusqu’à un mois après l’accouchement.
Photo: Source OXFAM Magali Videau avec les résidentes de la maison Amani à Beni. L’enfant qu’elle tient dans ses bras s’appelle Noella et elle est née le 24 décembre 2014. C’est le fruit du viol de sa jeune mère de 16 ans (la jeune fille au chandail rose) durant sa captivité au sein du groupe de miliciens d’où elle s’est enfuie en juillet 2014. Elle a été hébergée au centre de son septième mois de grossesse jusqu’à un mois après l’accouchement.

Ce texte fait partie du cahier spécial International

La vie d’une coopérante en République démocratique du Congo quand le quotidien est fait de kalachnikovs et de fils barbelés, mais pas seulement…

Pour Magali Videau, être coopérante volontaire signifie tout simplement accepter de partager son temps et son expérience professionnelle avec la population des pays du Sud. Cette économiste de formation spécialisée dans les questions de développement économique au niveau des relations Nord-Sud rêvait de partir en mission. C’est avec Oxfam qu’elle s’est rendue en République démocratique du Congo (RDC), en s’impliquant dans le projet d’une maison d’hébergement pour femmes victimes d’agressions sexuelles. Mais la RDC n’était pas la première expérience de coopération de Magali.

« Au départ, je suis allée au Salvador dans un contexte postconflit et dans un pays au haut taux de criminalité. » Comme premier essai, c’est assez marquant, mais c’est son expérience en tant qu’intervenante psychosociale à Montréal pour le Centre pour les victimes d’agression sexuelle qui a propulsé Magali en RDC.

Triste bilan

Toutefois, la situation des Congolaises peut difficilement être comparée avec ce qui existe ailleurs dans le monde. Si leur bilan est parmi les pires, c’est en raison de l’insécurité et de l’augmentation des violences sexuelles basées sur le genre. En 2012, 15 654 incidents ont été rapportés, contre 10 322 l’année précédente ; 98 % des victimes sont des femmes âgées de moins de 21 ans. La RDC est en outre un pays dévasté par les guerres internes et régionales qui sévissent depuis près de 20 ans. La sécurité de la population reste volatile, surtout dans l’est du pays, où des groupes armés sont toujours actifs. On estime à plus de 2,6 millions le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays en raison du conflit. Et c’est à Beni justement, dans cette région est du pays, que Magali travaillait dans une maison d’hébergement auprès de femmes victimes d’agressions sexuelles.

« Heureusement et malheureusement, je n’habitais pas avec les femmes au centre d’hébergement. En tant que Blanche, je devais m’astreindre à des procédures sécuritaires assez strictes et dans la ville, à 18 heures, il y avait un couvre-feu total. » En fait, Magali habitait dans une autre ville et, quelques fois par mois, c’est en avion qu’elle se rendait au centre d’hébergement. « Je passais beaucoup de temps avec ces femmes et une partie de mon mandat était de faire du plaidoyer pour améliorer leur qualité de vie et surtout pour augmenter le niveau de sécurité de la maison. » Pendant sa mission, Magali a vu l’installation d’un mur d’enceinte, de panneaux d’énergie solaire et d’un accès à l’eau : « Avant, pour aller chercher de l’eau, il fallait qu’elles sortent, qu’elles passent devant le camp militaire où elles étaient exposées de nouveau à des violences puisque la majorité avait été agressée par des militaires. » Effectivement, il se trouve que la plupart de ces femmes avaient été enlevées par un groupe de miliciens appelé ADF, qui est très actif dans la zone et qui enlève des populations pour faire travailler les hommes dans les forêts et les carrières, tandis que les femmes sont transformées en esclaves sexuelles. Les femmes qui ont réussi à s’échapper ont été recueillies au centre. « Ces femmes arrivaient ici très traumatisées. C’était souvent des jeunes femmes dont les familles, les maris avaient été assassinés. Elles se retrouvaient seules avec de jeunes enfants. Comme elles avaient passé du temps avec les miliciens, on les accusait d’avoir été les copines de ceux-ci et elles étaient étiquetées. » Le travail de Magali consistait à prendre en charge ces femmes et à leur offrir un soutien psychologique. « J’avais mis en place des ateliers pour tenter de leur offrir des moments où elles pouvaient prendre soin d’elles-mêmes et pour utiliser ces moments-là afin de parler de ce qui s’était passé. » Magali continue avec l’exemple du miroir : « Elles ne se reconnaissaient même plus dans un miroir. On faisait leurs cheveux, leurs ongles. C’est une expérience qui permettait de créer des liens assez rapidement. »

Magali Videau a été forcée de quitter la maison en janvier dernier au moment où les combats se faisaient de plus en plus violents et où la zone devenait beaucoup trop dangereuse pour des étrangers. Dans ce projet, Oxfam appuie une ONG locale, ce qui fait qu’il a pu continuer à exister. Actuellement, il n’y a plus de coopérants du Nord dans la zone. « Il y avait encore tellement à faire. Mais je suis quand même contente parce que j’ai assisté aux changements et j’ai vu des améliorations. » Et malgré tout, notre coopérante affirme que le Congo reste un endroit où elle aimerait retourner.