Roméo Dallaire incrimine la garde présidentielle rwandaise

Arusha — Le commandant des Casques bleus au Rwanda en 1994, le Canadien Roméo Dallaire, a soutenu hier devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que c'est la garde présidentielle rwandaise qui avait lancé le massacre, qui a fait au moins 500 000 morts.

Le lieutenant-général à la retraite, qui était contre-interrogé par l'avocat de la défense Raphaël Constant, a parlé des premières heures du génocide, qui a commencé après que l'avion du président rwandais eut été abattu, le 6 avril 1994.

Me Constant est l'avocat du colonel Théoneste Bagosora, l'ancien chef d'état-major de l'armée rwandaise, considéré par la poursuite comme le cerveau du génocide.

Selon M. Dallaire, il était clair à ses yeux que les troupes de la garde présidentielle rwandaise, que le colonel Bagosora commandait, n'étaient nullement intéressées à la paix. Ces militaires étaient agressifs et non coopératifs, a dit M. Dallaire quand Me Constant l'a interrogé sur son livre J'ai serré la main du diable, son compte rendu personnel du génocide.

Témoin clé

Le colonel Bagosora, le brigadier-général Gratien Kabiligi, le colonel Anatole Nsengiyumva et le major Aloys Ntabakuze ont tous plaidé non coupables aux accusations de génocide et de crimes contre l'humanité relatifs au massacre, étalé sur 100 jours, des Tutsis et des Hutus modérés. M. Dallaire, qui est la 37e personne entendue par le TPIR, est considéré comme un témoin clé du procès.

M. Dallaire a aussi révélé hier qu'il aurait préféré ne pas avoir de troupes belges dans le cadre de la Mission d'assistance des Nations unies pour le Rwanda parce que ce pays a déjà été une colonie belge. «Mais c'était le seul pays occidental qui ait fourni des troupes», a-t-il dit pour expliquer pourquoi les Belges constituaient le pivot du contingent de Casques bleus.

Des soldats de la garde présidentielle ont tué dix Casques bleus belges le 7 avril 1994. Bruxelles a alors ordonné le retrait de ses troupes du Rwanda. Deux semaines plus tard, soit le 21 avril, le Conseil de sécurité des Nations unies ordonnait le retrait de la quasi-totalité des autres Casques bleus.

Toujours selon le général Dallaire, les extrémistes hutus au sein du gouvernement et le parti au pouvoir ont entravé ses tentatives visant à stopper le génocide. Dans un témoignage antérieur, il avait affirmé avoir prévenu ses supérieurs au quartier général de l'ONU à New York qu'un génocide se préparait trois mois avant les faits mais qu'on ne lui avait pas donné les moyens de contrer la tuerie.

Le contre-interrogatoire doit se poursuivre aujourd'hui.