La solidarité, un main à main qui se conjugue au féminin

Nathalie Deraspe Collaboration spéciale
« Je retourne voir le projet de tannerie ce mois-ci. On me dit que les femmes ont pris beaucoup d’assurance, qu’elles ont une autre perception de leur travail », confie Nathalie Guay.
Photo: source Nathalie Guay « Je retourne voir le projet de tannerie ce mois-ci. On me dit que les femmes ont pris beaucoup d’assurance, qu’elles ont une autre perception de leur travail », confie Nathalie Guay.

Ce texte fait partie du cahier spécial International

Au chapitre des économies parallèles, phénomène foisonnant dans les pays en voie de développement, les femmes brillent de détermination, et pour cause. Aucune tâche ne sera suffisamment ingrate pour indigner une mère cherchant à nourrir sa famille. Ici et là de par le monde, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) a décidé d’alléger leur fardeau en soutenant plusieurs de leurs projets.

On connaît la CSN pour son engagement envers la défense des travailleurs québécois. Ce qu’on sait moins, c’est que depuis bientôt 30 ans l’organisme appuie les initiatives de différentes organisations paysannes locales établies dans les pays pauvres. L’objectif à terme ? Décupler le mouvement syndical à l’international pour établir un rapport de force dans un contexte de mondialisation planétaire. Au coeur de cet imposant chantier, l’égalité des sexes demeure une priorité.

En réplique à la mondialisation, la mobilisation. « Notre sort est interrelié à celui des autres travailleurs de la planète, explique Nathalie Guay, responsable des relations internationales, adjointe au comité exécutif de la CSN et membre de l’exécutif du Centre international de solidarité ouvrière (CISO). Les accords commerciaux internationaux signés par les patronats visent souvent l’uniformisation des réglementations dans le but d’établir un terrain de jeu planétaire qui leur soit favorable, mais cela affecte les conditions de travail de l’ensemble des salariés dans le monde. Quels sont les intérêts qui prévalent ? La crise, les banquiers, le 1 % des plus riches versus l’austérité, les gens commencent à voir clair dans les actions de la classe dominante. Il faut soulever ces contradictions et établir une solidarité de base avec nos camarades d’autres pays. Actuellement, nous sommes à armes inégales. Et les travailleurs d’ici sont vulnérables aux délocalisations de la production des entreprises de chez nous. »

La CSN oeuvre par l’intermédiaire de l’Alliance syndicats et tiers-monde (ASTM), fonds de coopération internationale mis sur pied en 1986. « À l’époque, des famines sévissaient un peu partout. La sécurité et la souveraineté alimentaire de plusieurs étaient menacées », illustre Mme Guay. Au fil des décennies, l’ASTM a tissé des liens avec différents mouvements syndicaux ailleurs dans le monde en vue de renforcer des projets amorcés par des communautés locales aux prises avec des problèmes économiques et structurels endémiques. Au programme, coopération au développement, renforcement des capacités des organisations syndicales, engagement en vue d’assurer la souveraineté alimentaire et la défense des droits des travailleurs. « C’est un travail de coureur de fond pour bâtir la confiance, mais le potentiel stratégique est extrêmement intéressant, indique Nathalie Guay. Et on s’est rendu compte qu’en améliorant les conditions de vie des femmes, on améliorait le sort de toute la famille et qu’en oeuvrant pour le droit des femmes, on favorisait l’amélioration des droits de la personne. »

Des projets porteurs

En Afrique, le sort de 80 ouvrières d’une tannerie artisanale s’est grandement amélioré grâce à une solide collaboration entre l’ASTM, la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS), qui chapeaute le projet. Au départ, aucune infrastructure sur place. « Les femmes travaillaient en gougounes en plein soleil, dans des conditions ergonomiques déplorables, illustre la responsable des relations internationales de la CSN. Il n’y avait même pas de collecte d’ordures. » Voilà la triste réalité du travail informel au pays. Ce secteur occupe jusqu’à 80 % de l’économie sénégalaise.

En plus d’accompagner le syndical local, l’ASTM a dégagé un budget pour soutenir le travail des ouvrières tout en offrant du soutien technique et divers outils pour renforcer le travail amorcé il y a trois ans. Du microcrédit est également mis en avant afin d’assurer l’autonomie financière des femmes à l’origine de cette initiative. « On n’envoie pas de chèques, précise Nathalie Guay. On accompagne les syndicats dans leur travail. Ce sont eux les maîtres du projet. »

Des espoirs pour l’avenir

Engagé dans une vingtaine de pays, l’organisme poursuit patiemment son oeuvre même si les ressources ne sont pas toujours au rendez-vous. Depuis 2011, le financement de la part du fédéral a fondu comme neige au soleil, si bien que les projets d’envergure lancés de concert avec l’Agence canadienne de développement international (ACDI) se sont raréfiés, relate Mme Guay. La responsable des relations internationales de la CSN souhaite que l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Ottawa permette de recréer un dialogue favorable en matière de solidarité internationale. « Ici, on a une capacité de se soulever. Ailleurs dans le monde, des gens sont prêts à mourir pour obtenir le droit de grève. »