Solidaires et sans frontières

André Lavoie Collaboration spéciale
Asita Sana étuve du riz au centre d’étuvage de l’Union des groupements d’étuveuses de riz de Bama, au Burkina Faso.
Photo: Éric St-Pierre Asita Sana étuve du riz au centre d’étuvage de l’Union des groupements d’étuveuses de riz de Bama, au Burkina Faso.

Ce texte fait partie du cahier spécial International

Depuis sa fondation en 1958, le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) n’a pas dérogé à sa mission première, celle de combattre la pauvreté et l’exclusion dans les endroits les moins favorisés de la planète. Actif dans 19 pays, sa présence fait souvent la différence, comme pour ces étuveuses de riz du Burkina Faso, permettant à des femmes non seulement de travailler et de faire vivre leur famille, mais aussi de développer leur sens des affaires, ou tout simplement d’apprendre à lire et à calculer.

Le riz constitue un des aliments de base des 16 millions de Burkinabés, la consommation annuelle totalisant plus de 300 000 tonnes. Selon le CECI, elle devrait atteindre 466 000 tonnes d’ici 2018, mais pour l’instant, ce pays de l’Afrique de l’Ouest ne produit que 30 % de ce qu’il consomme, un déséquilibre qu’il est possible de corriger en partie. Les étuveuses de riz s’y activent aux quatre coins du Burkina Faso, même dans ces régions rurales balayées par l’harmattan, ce vent chaud, sec et poussiéreux en provenance du Sahara et du Sahel. Le défi quotidien de ces femmes, avec la complicité de leur conjoint cultivateur, est de transformer le riz, d’augmenter sa qualité et de le commercialiser, le tout dans une perspective durable. Pour un pays situé au 181e rang sur 187 selon l’indice de développement humain 2014 du Programme des Nations unies pour le développement, l’objectif apparaît très audacieux.

Pauline Marois, ambassadrice du CECI

Ce constat ne décourage en rien l’ex-première ministre du Québec, Pauline Marois, fière participante du Club des ambassadrices du CECI, un regroupement d’une vingtaine de Québécoises d’exception prêtant leur notoriété (et leurs bons contacts !) pour soutenir financièrement certains projets d’entrepreneuriat féminin. Le PAERIZ (projet d’appui aux étuveuses de riz) était tout désigné, et il n’a pas été difficile de convaincre l’ancienne chef du Parti québécois d’apporter sa notoriété et sa vaste expérience politique pour les citoyennes d’une région du monde qu’elle a visitée à plusieurs reprises à titre de ministre de l’Éducation et de vice-première ministre.

Pour celle qui se réjouit d’avoir repris en main sa vie personnelle et familiale, acceptant les demandes d’entrevue avec parcimonie (« J’en reçois une à deux par semaine, mais je ne veux pas être sur la place publique de façon systématique. »), soutenir le PAERIZ relève de l’évidence. « Ce qui m’a plu, dans ce projet, c’est d’abord le fait que ce sont des femmes qui s’approprient des outils leur permettant de devenir autonomes ; dans le bon vieux jargon du travail communautaire, on appelle ça de l’empowerment », déclare cette diplômée en service social de l’Université Laval. Pour celle dont les actions politiques ont souvent accompagné l’émancipation des femmes québécoises, par exemple avec la création des centres de la petite enfance, le travail des étuveuses leur permet « de faire vivre leur famille, de grandir au sein d’une entreprise et de créer de la richesse dans leur communauté, si petite soit-elle ».

L’atteinte de ces objectifs, établis en accord avec les organisations locales de développement, passe bien sûr par l’injection de ressources financières. C’est en bonne partie le rôle des ambassadrices du CECI de solliciter des fonds, et ces femmes provenant du milieu artistique (Anne-Marie Cadieux, Véronick Raymond), des communications (Madeleine Poulin) ou des affaires (Christiane Beaulieu, Eliane Gamache Latourelle) s’y activent, chacune chargée de recueillir environ 3000 $ par année, pour un objectif de 75 000 $. « Nous sommes rendus à 69 000 $ et l’année n’est pas terminée », déclare avec confiance Pauline Marois.

Le PAERIZ fonctionne avec des sommes plus importantes, bénéficiant du soutien du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada (MAECD), totalisant 5 740 000 $ pour les cinq années d’un projet qui en est à sa deuxième phase. Ce montant est loin de couvrir tous les frais pour appuyer les 5000 étuveuses vivant dans les plaines de Bama, de Sourou ou de Founzan, et le MAECD réclame qu’un pourcentage du coût total du projet soit recueilli auprès d’autres sources canadiennes : citoyens, fondations, entreprises privées, etc.

« Ça complexifie un peu la chose, admet France-Isabelle Langlois, directrice des communications du CECI et autre membre du Club des ambassadrices. C’est dans ce cadre que nous avons pensé à fonder ce club l’an dernier. Nous sommes toujours en recrutement pour de nouvelles ambassadrices, mais aussi pour trouver d’autres activités de visibilité et de cueillette de fonds. » Toutes ces initiatives sont essentielles dans un contexte où le CECI « est en compétition non seulement avec toutes les autres organisations non gouvernementales, mais avec tout le monde qui collecte des fonds », souligne Mme Langlois.

 

Désengagement du Canada

Pauline Marois a endossé ce rôle avec enthousiasme, mais se désole tout de même de voir « la baisse constante de l’aide internationale du gouvernement canadien ». Dans le dernier budget fédéral, elle était située à 0,24 % du revenu intérieur brut alors que la cible proposée par les Nations unies est de 0,7 %. Certains citoyens semblent approuver ce désengagement, affirmant qu’il faut d’abord aider les pauvres d’ici.

Ce discours populiste, Pauline Marois le connaît, et s’en désole. « Oui, nous avons des pauvres chez nous, souligne-t-elle, mais nous avons mis en place des outils, des services et des politiques qui permettent l’existence d’un véritable filet social. Ce n’est pas suffisant, vous le savez aussi bien que moi, mais on a toutes sortes d’aides aux itinérants, aux analphabètes, aux mères en difficulté, aux femmes victimes de violence. Quand on regarde la richesse dont on dispose, ça signifie un véritable devoir de solidarité envers les plus démunis d’entre tous. Nombre de citoyens du monde ont eu la malchance de naître dans un pays pauvre. J’ai été profondément bouleversée par la photo du petit Aylan, cet enfant syrien mort sur une plage de Turquie, mais je crois que l’émotion doit aussi servir à agir. À ne pas rester les bras croisés. »