Aider, mais de façon différente

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Des députés tunisiens lors d’une séance parlementaire en juillet 2015
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Des députés tunisiens lors d’une séance parlementaire en juillet 2015

Ce texte fait partie du cahier spécial International

En 1994, des coopérants québécois se sont unis afin de faire les choses différemment. « Souvent, on intervient dans un pays pour régler un problème — porter secours ou mettre en place une structure —, mais nous, nous voulions intervenir d’une façon différente, raconte Michel Lambert, l’un des cofondateurs d’Alternatives et maintenant directeur général de l’organisme. Nous voulions travailler avec les gens de la place afin de les aider à résoudre leurs problèmes. Nous avions d’ailleurs remarqué que, souvent, ils n’ont besoin que d’un peu d’aide, d’un peu de formation ou d’un peu d’argent… »

C’est ainsi qu’au fil des ans Alternatives a donné un coup de pouce à nombre de groupes de citoyens et de militants en Afrique et au Moyen-Orient. L’organisme s’attaque à des problèmes concrets tout en cherchant à faire progresser les droits de la personne.

Veuves et femmes en politique

L’un des « exemples les plus percutants » relatés par Michel Lambert est l’initiative mise en place par Alternatives pour les femmes devenues veuves à la suite de l’invasion américaine de l’Irak, dans les années 2000.

« On a aidé les groupes irakiens de toutes origines ethniques, linguistiques et religieuses à travailler ensemble pour monter une campagne nationale afin que les veuves irakiennes puissent bénéficier d’une pension de la part de l’État, explique M. Lambert. Ç’a été super intéressant puisque, dans d’autres circonstances, ces gens-là ne collaborent jamais. Et là, ils se sont unis pour résoudre un problème qu’ils avaient tous en commun. »

Cette campagne a fait en sorte que les veuves de guerre aient désormais droit à une pension, indique-t-il. « On est vraiment très fiers, non seulement du résultat obtenu, mais aussi du fait qu’on est parvenus à faire travailler ensemble des gens qui, autrement, ne collaborent pas entre eux. »

De même, en Tunisie, à la suite du Printemps arabe, Alternatives est intervenu de concert avec les groupes de femmes afin d’encourager les formations politiques à inclure celles-ci dans leurs rangs. « Nous cherchions non seulement à ce que les partis politiques comptent parmi leurs candidats une proportion égale de femmes, mais également à ce que celles-ci aient un réel poids politique », précise Michel Lambert. Il ne s’agissait donc pas uniquement d’obtenir 50 % de candidates féminines, mais elles devaient aussi jouer des rôles significatifs au sein des formations politiques.

Le directeur général d’Alternatives rapporte que cette campagne a, dans un premier temps, encouragé nombre de femmes à s’impliquer en politique, mais surtout, relate-t-il, lorsque la Tunisie s’est récemment dotée d’une constitution, « il y avait beaucoup de femmes dans l’Assemblée, ce qui a donné lieu à une constitution passablement progressiste ».

« Je pense que nous avons fait partie du bouillonnement qu’il y a eu en Tunisie à ce moment-là, dit-il avec satisfaction, et profité de la révolution pour faire avancer les droits des femmes — et non l’inverse, comme certains ont cherché à le faire… »

Internet en toute sécurité

Et voici que, depuis deux ans, Alternatives apprend aux militants au Moyen-Orient et en Afrique à se servir d’Internet tout en se protégeant contre la surveillance un peu trop étroite exercée par les autorités.

Il s’agit du projet Digital Security Schools (DSS), un centre de formation informatique installé à Tunis.

« L’idée d’une DSS est que, dans un contexte où Internet est de plus en plus utilisé pour surveiller les blogueurs, les militants, les activistes, etc., on pense qu’il est important de former nos partenaires pour qu’ils comprennent quels sont les enjeux et les risques, et de leur apprendre à utiliser Internet de façon à se protéger », explique M. Lambert. C’est ainsi, ajoute-t-il, qu’il y a un certain nombre de notions à savoir et quelques trucs simples à appliquer…

La DSS de Tunis est donc un centre de formation qui a pignon sur rue. « Souvent, nous faisons venir des formateurs d’un pays afin que, par la suite, ceux-ci puissent eux-mêmes former les militants dans leur pays », dit-il.

Étonnamment, Michel Lambert préconise même l’ouverture d’une Digital Security School ici à Montréal ! « On a vu sous l’ancien gouvernement [celui de Stephen Harper] la surveillance spécifique des groupes écologiques et autochtones ainsi que de certains militants en particulier, rappelle-t-il. Et compte tenu du projet de loi C-51, qu’ont appuyé les libéraux de Justin Trudeau, on estime qu’il faudrait se protéger des services que le gouvernement met en place et qui n’ont de compte à rendre à personne. »