Laisser les femmes prendre leur destinée en main

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Kalizeta lors d’un cours d’alphabétisation en dioula au centre d’étuvage de l’Union des groupements d’étuveuses de riz de Bama, au Burkina Faso
Photo: Éric St-Pierre Kalizeta lors d’un cours d’alphabétisation en dioula au centre d’étuvage de l’Union des groupements d’étuveuses de riz de Bama, au Burkina Faso

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Deux semaines seulement après la clôture de la Marche mondiale des femmes, les organisateurs des 19es Journées québécoises de la solidarité internationale, qui ont lieu du 5 au 14 novembre, prolongent l’aventure en prenant pour thématique « La mobilisation des femmes ». L’occasion de mettre en avant l’approche participative prônée par les membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), qui, auprès de toutes les communautés avec lesquelles ils oeuvrent à l’échelle de la planète, ne sont pas là pour dire quoi faire, mais pour appuyer les initiatives locales.

Dix jours pour mettre de belles initiatives en valeur. Dix jours de rencontres, d’échanges d’expériences, de visionnements de documentaires. Dix jours pour clamer haut et fort que lorsque les femmes prennent leur destinée en main, il en ressort souvent de très belles choses.

« L’AQOCI a beaucoup appuyé la Marche mondiale des femmes, ce mouvement lancé en 2000 par le mouvement des femmes québécois, en faveur de l’émancipation des femmes partout sur la planète, explique la nouvelle présidente de l’association, Michèle Asselin. Tous les cinq ans, une grande action de mobilisation internationale est organisée, et celle de cette année s’est terminée le 17 octobre dernier. Quand nous avons voulu définir notre thématique à nous pour nos Journées québécoises de la solidarité internationale [JQSI], il nous est apparu tout naturel de poursuivre avec la problématique des femmes. »


Femmes, précaires parmi les précaires

Tout naturel parce que lorsque l’on parle de pauvreté dans le monde, on en arrive inévitablement à parler des femmes, les précaires parmi les précaires. Mais aussi parce que lorsque l’on souhaite ardemment sortir une communauté de la pauvreté, toutes les études démontrent que c’est en se reposant sur les femmes que les résultats sont les meilleurs.

« La femme est la pauvre de l’homme, lance la chanteuse Bïa, porte-parole des JQSI cette année. Partout où il y a des inégalités sociales, on retrouve les femmes au bas de l’échelle. C’est donc vrai au Brésil, le pays dont je suis originaire. Mais ce qui est intéressant dans les politiques sociales menées par les gouvernements socialistes ces quinze dernières années, c’est qu’ils ont décidé de les faire gérer par les femmes. Ils ont donné les plans, versé l’argent aux femmes, aux mères. Car on sait qu’elles ont, en général, plus à coeur le bien-être de leur famille, de leur communauté. Notamment pour tout ce qui a trait à l’éducation. »

Bïa a accepté d’être la porte-parole cette année parce qu’elle croit en la thématique, mais surtout en l’approche de l’AQOCI. Cette volonté de laisser les femmes décider par elles-mêmes. De mettre en avant toute une mosaïque de visages féminins à travers le monde qui ont su se démarquer, prendre des initiatives afin de proposer des conditions de vie meilleures aux générations futures. C’est ce que sa mère, « femme réalisée professionnellement », lui a légué, ce en quoi elle croit profondément. Réaliste mais pas victime.

« Nous vivons tous dans une société patriarcale, commente Michèle Asselin. C’est systémique. Malgré tous les progrès que nous avons faits en Occident en général et au Québec en particulier, ce sont encore les hommes qui dominent en politique. Donc les hommes qui prennent les décisions majeures. C’est vrai à l’échelle du monde, c’est vrai dans nos communes, dans nos villages. »


Des femmes omniprésentes

Si les membres de l’AQOCI ont accueilli favorablement cette thématique de la mobilisation des femmes, c’est aussi parce que concrètement, sur le terrain, ils travaillent très souvent avec des groupes de femmes. Et qu’en adoptant la démarche participative, qui consiste à soutenir les initiatives locales et non à arriver avec une solution clé en main qui ne serait bien souvent pas adaptée au contexte, ils avouent avoir beaucoup appris de ces femmes de terrain.

« Ce que nous leur apportons, c’est une aide à la fois financière et stratégique, une organisation plus efficace, explique Mme Asselin. Les défis sont très grands, que ce soit dans le domaine de l’éducation, bien sûr, ou des violences, sexuelles ou autres, de la gouvernance, du travail, car bien sûr on ne reconnaît leur travail en tant que mère, mais en plus, lorsqu’elles ont une activité à l’extérieur du foyer, elles sont souvent dans l’économie informelle, d’où des revenus de misère et aucune protection sociale. Elles sont également les premières victimes lors des conflits, dans les camps de réfugiés, etc. Malgré tout, elles sont quelques-unes à avoir le courage et le leadership pour faire avancer les choses. Notre rôle est de les soutenir. »

Et de les protéger également, ces actions n’étant pas toujours vues d’un bon oeil. En République démocratique du Congo (RDC) par exemple, les femmes qui veulent dénoncer les viols dont elles sont victimes doivent poursuivre des militaires, et ça peut être dangereux.

« Nous soutenons les groupes qui se lèvent pour défendre les droits de la personne, explique la directrice de l’AQOCI. Nous les accompagnons, nous leur donnons de la visibilité, nous documentons leur action, nous partageons leurs expériences, nous faisons en sorte qu’ils existent afin qu’il soit plus difficile de s’en prendre à eux. »

Lorsqu’elle observe tout le travail abattu par l’AQOCI, Bïa avoue se sentir un peu comme « le pot d’orchidée posé sur le coin de la table ».

« C’est joli, c’est mélodieux, ça a son charme, résume-t-elle. Ça me fait plaisir de donner ma voix, d’avoir ce petit rôle qui consiste, je crois, à mettre ma notoriété au service d’une cause en laquelle je crois. Mais le vrai travail, c’est eux qui le font. Les conférenciers qui seront là pendant les Journées, ils connaissent leur sujet. Les femmes de la mosaïque, elles sont formidables. Tous les gens qui travaillent dans les organismes de coopération internationale dégagent tellement d’humanité. Je sais qu’il y a encore pas mal de chemin à parcourir. Mais quand je vois ça, je ne peux m’empêcher d’être optimiste. »