«Nous sommes traités comme des animaux»

Des policiers anti-émeutes slovènes montent la garde à la frontière séparant la Slovénie et l’Autriche, où les migrants espèrent aller.
Photo: René Gomolj Agence France-Presse Des policiers anti-émeutes slovènes montent la garde à la frontière séparant la Slovénie et l’Autriche, où les migrants espèrent aller.

La route est barrée par des policiers. Le café où s’arrêtent d’ordinaire les retraités autrichiens qui descendent sur la côte adriatique ne sert plus que des militaires en armes. D’immenses tentes ont été dressées entre les anciens baraquements de la douane yougoslave. En 1991, les Slovènes s’étaient battus contre l’armée de Belgrade pour prendre le contrôle du poste frontière de Sentilj, ensuite abandonné à l’entrée de Ljubljana dans l’espace Schengen, en 2007. Depuis la fermeture de la frontière hongroise, le 16 octobre à minuit, les autorités croates ont envoyé plus de 80 000 réfugiés vers la Slovénie. Ces derniers ont pour la plupart transité à Sentilj, le temps que les Autrichiens les autorisent à passer.

« Cela fait 24 h que nous attendons ici », raconte Ouassim, un jeune professeur d’anglais qui a quitté Damas. Quelques enfants jouent sur les barrières métalliques dressées pour contrôler la foule, des vieillards sont prostrés sur le béton. « Je ne rêve que d’une seule chose, ajoute-t-il. Pouvoir dormir dans un endroit chaud. En Slovénie, nous avons été traités comme des animaux. »


Centres de fortune

Plus de 80 000 personnes ont transité depuis la mi-octobre dans les centres montés en urgence par le gouvernement de ce petit pays de 2 millions d’habitants. Leur accès est strictement interdit aux journalistes, mais les témoignages racontent le froid, quand la nuit descend dans les vallées, la faim et la promiscuité. « Il y a eu des bagarres la nuit dernière, ce n’est pas un endroit pour les femmes et les enfants », raconte un Afghan par-dessus le grillage du camp de Brezice, avant d’être écarté par la police.

Ce sont en fait près de 10 000 personnes qui pénètrent chaque jour en Slovénie. Déposés par des trains dans la gare de Kljuc, côté croate de la frontière, les réfugiés doivent marcher un kilomètre et franchir un petit pont sur la Sutla pour arriver en Slovénie, où leur parcours commence dans un champ de maïs.

Les policiers croates escortent le convoi, n’hésitant pas à prendre en voiture les vieillards qui ne peuvent pas marcher. Sur le pont, des volontaires, présents vingt-quatre heures sur vingt-quatre, distribuent du thé et des biscuits. La Slovénie accuse toujours la Croatie de « laxisme » mais, selon une bénévole slovène, la police de son pays est elle-même débordée, et n’enregistre « pas la moitié des réfugiés ».

Le ton monte

Après le minisommet de Bruxelles dimanche, dont l’objectif principal était de ralentir le nombre de migrants qui franchissent les frontières de l’Union européenne, le ton monte entre les capitales de la région. Mercredi, la ministre de l’Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, a déclaré que Vienne allait édifier une barrière le long de sa frontière avec la Slovénie pour « assurer une entrée ordonnée » des migrants, une décision condamnée par Berlin.

De son côté, le premier ministre slovène, Miro Cerar, a assuré que son pays pouvait commencer immédiatement la construction d’un grillage si l’Union européenne échouait à prendre des mesures concrètes. Quatre cents policiers européens devraient arriver en Slovénie dans les prochains jours. Sur la « route des Balkans », empruntée par quelque 600 000 migrants depuis le début de l’année 2015, on construit des murs, on parle d’en construire, mais les réfugiés parviennent encore, pour le moment, à passer.

3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 30 octobre 2015 17 h 45

    Réfléchir...

    Voci ce qu'Alain Benoist dans une réflexion sur le sujet pense ajourd'hui :

    «Matthieu Slama a très bien résumé la situation en disant que « deux positions s’affrontent : d’un côté celle qui considère que les migrants font partie de la même humanité que la nôtre et qu’il faut donc les accueillir ; de l’autre, celle qui soutient que l’accueil des migrants met en péril la singularité culturelle des nations européennes ».

    «D’un côté, l’universalisme des droits de l’homme, de l’autre l’idée que chaque homme est le produit d’une histoire particulière. Or, jusqu’à présent, c’est la première position qui l’a emporté. La seconde était celle de Claude Lévi-Strauss qui, en 1983, rappelait que la diversité des sociétés humaines « résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi […] Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l’autre, s’identifier à lui, et se maintenir différents ».

    «Aujourd’hui, à une époque qui veut de la « diversité », mais une diversité sans différences, Lévi-Strauss serait tenu pour suspect. Ce n’est pourtant pas au nom du racisme qu’il parlait, mais de l’antiracisme bien compris.».

    Peut être aurons nous intérêt à réfléchir avant d'ouvrir nos portes largement à ces populations. Et s'interroger sur le pourquoi de tous ce déplacement et si il ne serait pas préférable de chercher une solution plus proche de la culture de ces gens.

    http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/finkielkrau,212372

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 novembre 2015 10 h 56

      tout à fait...
      Pour quelqu'un qui désire... réfléchir, je lui recommande le site: http://www.bvoltaire.fr ...tel que m.Théberge nous le suggère ci-haut.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 novembre 2015 10 h 36

    Le photographe de l' AFP...et de Libération(par le fait même)

    a délibéremment choisi une femme/mère tenant dans ses bras un petit enfant nu-tête (alors que les hommes et femmes sont couverts par des foulards!? et des tuques!? )
    dans ce temps froid d'automne...quelle coïncidence!? quel cadrage!?
    C'est ce qu'on appelle des "mises en situation/scène... programmées" ...
    et les raisons peuvent varier selon la politique ...du moment!