Heurts entre militants de EI et la police

Deux policiers turcs et sept membres présumés du groupe État islamique (EI) ont été tués lundi lors d’une fusillade à Diyarbakir, la plus sérieuse survenue sur le sol turc depuis qu’Ankara a rejoint la coalition antidjihadiste l’été dernier.

Cet accrochage s’est produit à l’aube lorsque des unités de la police antiterroriste ont pris d’assaut plusieurs « planques » de EI dans la grande métropole du sud-est à majorité kurde du pays. Il intervient à six jours d’élections législatives anticipées sous haute tension, et deux semaines après un attentat suicide attribué aux djihadistes qui a fait 102 morts en plein coeur d’Ankara et sur fond de reprise du conflit kurde.

Deux policiers ont été tués lors de l’opération, victimes de pièges explosifs posés par les militants djihadistes, a rapporté l’agence de presse gouvernementale Anatolie.

Cinq autres policiers ont été blessés et sept membres présumés de EI « neutralisés » lors de violents affrontements, qui se sont poursuivis plusieurs heures à l’arme lourde, a indiqué le bureau du gouverneur local. Selon le gouvernorat, douze personnes ont été arrêtées lors de cette opération.

Durcissement

Le gouvernement s’est réjoui du succès de cette opération. « Au vu des résultats, nous pouvons dire qu’une importante cellule de Daech [l’acronyme arabe de EI] a été neutralisée », s’est réjoui le vice-premier ministre Numan Kurtulmus. Les autorités turques ont multiplié les coups de filet dans les milieux djihadistes depuis l’attentat-suicide d’Ankara contre un rassemblement de militants de gauche et de la cause kurde.

Les médias turcs ont rapporté samedi que la police était à la recherche de quatre membres de EI, dont une ressortissante allemande, soupçonnés d’être entrés de Syrie en Turquie pour y commettre d’autres attentats.

L’attaque d’Ankara a eu lieu trois mois après un attentat-suicide similaire, imputée aussi à EI, à Suruç, à la frontière syrienne, où 34 militants pro kurdes avaient été tués.

Longtemps soupçonnées de complaisance avec les mouvements les plus radicaux qui combattent le régime de Damas, sa bête noire, les autorités turques ont frappé pour la première fois des cibles d’EI en Syrie après un incident de frontière entre ses soldats et des militants djihadistes quatre jours après l’attentat de Suruç. La Turquie a depuis rejoint officiellement la coalition antidjihadiste dirigée par Washington.

Connivence ?

Les adversaires du gouvernement, à commencer par l’opposition prokurde, continuent toutefois à l’accuser de « protéger » le groupe djihadiste. « Mes amis, regardez-moi maintenant, regardez mes yeux, mon visage, écoutez mes discours. Est-ce que j’ai vraiment le visage de quelqu’un qui soutient EI ? » s’est défendu M. Davutoglu lundi lors d’un échange avec des étudiants à Istanbul.

S’il a mis en cause le rôle de EI dans l’attentat d’Ankara, le gouvernement turc n’a toutefois pas écarté la responsabilité d’autres groupes.

La semaine dernière, le président, Recep Tayyip Erdogan, a évoqué un « acte terroriste collectif » qu’il a attribué aux djihadistes, aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), aux milices kurdes de Syrie et aux services de renseignement de Damas.

Après l’attentat de Suruç, le PKK avait repris sa campagne d’attentats contre les policiers et les soldats turcs, accusant Ankara de ne pas protéger les Kurdes de Turquie.

Ces opérations et les bombardements de représailles menées par l’armée turque ont fait voler en éclats les discussions de paix engagées à l’automne 2012 entre Ankara les rebelles kurdes, qui mènent une guérilla depuis 1984.

M. Erdogan a répété lundi devant des élus locaux que sa « guerre contre le terrorisme » se poursuivrait après le scrutin de dimanche. « Ces opérations continueront contre toutes les organisations terroristes après le 1er novembre », a-t-il assuré.

Les Turcs votent dimanche pour des législatives anticipées. Ce scrutin est crucial pour le parti de M. Erdogan, au pouvoir depuis 13 ans, qui espère retrouver la majorité gouvernementale qu’il a perdue lors des élections du 7 juin.

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