La charcuterie et les viandes rouges montrées du doigt

L’organisation mondiale de la santé considère la viande rouge « probablement cancérogène ».
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’organisation mondiale de la santé considère la viande rouge « probablement cancérogène ».

La charcuterie, la viande rouge et le porc sont accusés de favoriser le cancer par une étude internationale qui devrait porter un nouveau coup à la consommation et à la filière de la viande.

En se basant sur plus de 800 études, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé lundi la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents « cancérogènes pour l’homme », tandis que la viande rouge et le porc ont été classés comme « probablement cancérogènes ».

Parmi les cancers les plus fréquemment associés à la viande figure le cancer colorectal et dans une moindre mesure les cancers de la prostate et du pancréas, selon les auteurs de l’étude.

Les hot-dogs (saucisses de Francfort), le jambon, les saucisses, le corned-beef, les lanières de boeuf séché, les viandes en conserve et les préparations et les sauces à base de viande, font partie des produits de viande transformée, selon le CIRC qui ne mentionne en revanche pas explicitement les hamburgers.

Le fait de ranger les charcuteries, et autres viandes transformées, dans le groupe des agents qui sont causes de cancer, comme le tabac ou l’amiante, ne veut pas pour autant dire qu’ils sont aussi dangereux.

En effet, selon les estimations les plus récentes d’un organisme de recherche indépendant, 34 000 décès par cancers par an environ dans le monde seraient imputables à une alimentation riche en charcuteries, contre un million de décès par cancer par an imputables au tabac, 600 000 à l’alcool et plus de 200 000 à la pollution atmosphérique.

« Pour un individu, le risque de développer un cancer colorectal en raison de sa consommation de viande transformée reste faible, mais ce risque augmente avec la quantité de viande consommée », explique le Dr Kurt Straif, du CIRC.

Question sans réponse

Selon des données provenant d’une dizaine d’études, « chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée tous les jours augmente le risque de cancer colorectal de 18 % », tandis que le risque de cancer colorectal pourrait augmenter de 17 % pour chaque portion de 100 grammes de viande rouge — dont fait partie le porc selon le CIRC — consommée par jour.

Le CIRC reconnaît toutefois qu’on « ne sait pas encore bien comment la viande rouge et la viande transformée accroissent le risque de cancer », même si des composés chimiques qui se forment pendant la transformation des viandes sont fortement soupçonnés d’être cancérigènes.

Avantages

Les auteurs de l’évaluation ne recommandent pas pour autant une alimentation végétarienne, relevant que les régimes végétariens et les régimes carnés ont « des avantages et des inconvénients différents pour la santé ».

La viande, rappellent-ils, fournit des protéines, du fer, du zinc et des vitamines B.

« La consommation de viande est probablement l’un des nombreux facteurs contribuant aux taux élevés de cancer de l’intestin observés en Amérique, en Europe occidentale et en Australie » note pour sa part le Dr Ian Johnson, un chercheur britannique indépendant. Il relève toutefois « qu’il y a peu ou pas de preuves que les végétariens au Royaume-Uni ont un risque plus faible de cancer du côlon que les mangeurs de viande ».

Plusieurs chercheurs indépendants ont salué l’évaluation, relevant que l’existence d’un lien entre viande ou charcuterie et cancer colorectal était connu depuis déjà un certain temps.

«Cela ne signifie pas que vous devez arrêter de manger de la viande rouge ou transformée. Mais si vous en mangez beaucoup, vous devriez peut-être penser à réduire» a estimé le Pr Tim Key, un épidémiologiste au centre britannique de recherche sur le cancer.

L’évaluation du CIRC a aussitôt été dénoncée par la filière de la viande, déjà accusée de favoriser le réchauffement climatique en contribuant aux émissions de méthane, un gaz à effet de serre produit par la digestion des ruminants.

L’évaluation « défie le bon sens », a réagi l’Institut nord américain de la viande (NAMI) qui représente l’interprofession du secteur. Elle souligne que « la science a montré que le cancer est une maladie complexe qui n’est pas provoquée par de simples aliments ». « Il est clair » que de « nombreux » auteurs de l’évaluation, ajoute l’Institut, « ont trituré les données pour obtenir un résultat bien précis ».

Végétariens satisfaits

Par ailleurs, des associations végétariennes ont estimé  que la publication de cette étude légitimait leur combat en faveur de régimes alternatifs à l’alimentation carnée.

«Combien de crises alimentaires devons nous affronter avant que les gens réalisent que les protéines animales ne sont pas bonnes pour nous», a réagi auprès de l’AFP Jasmijn de Boo, président de la Vegan society, une organisation créée en 1944 et basée en Grande-Bretagne.

«La salmonelle dans les années 80, la vache folle dans les années 90, la fièvre aphteuse dans les années 2000, la viande de cheval il y a deux ans et maintenant ça: il ne sert à rien de passer d’une viande à une autre. Il est plus sain et meilleur pour l’environnement et les animaux, d’être végétalien», a ajouté le responsable de l’association qui prône l’exclusion totale de tous les produits animaux de l’alimentation, même le lait et le fromage.

«Plutôt que de réduire notre consommation [de produits carnés], nous devons entièrement les supprimer, il y a tant d’alternatives», a-t-il estimé.

Au nom de l’Union européenne des végétariens, qui acceptent eux les produits laitiers, Renato Pichler a déclaré être «content que l’OMS ait accepté la connexion entre la consommation de viandes et certains cancers».

Pour Brigitte Gothière, porte-parole de l’organisation L214, qui prône également l’absence totale de produits issus des animaux dans l’alimentation au nom de l’éthique envers des êtres vivants, «l’étude de l’OMS est un argument de plus en faveur d’une alimentation excluant les produits carnés».

«Les régimes végétaliens sont souvent critiqués par les médecins mais cette étude montre qu’ils protègent aussi de certaines maladies», a-t-elle indiqué.

Face aux élevages industriels, «la question de l’éthique vis-à-vis des animaux se pose de plus en plus, en plus de celle de la santé», a ajouté Brigitte Gothière.

4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 26 octobre 2015 11 h 16

    Enfin ! Moins de viande, Plus de santé!

    C'est une excellente nouvelle. Elle va nous inciter à diminuer encore davantage la consommation de ces viandes. Il y a tellement de meilleures bouffes de nos jours !

    La prévention a bien meilleur goût et meilleur coût !

    À quand le premier Sommet sur Moins de gras Moins de sucre Moins de sel?

    Le NAMI est loin d'être notre AMI. Son intérêt n'est pas notre santé!

  • Jean-Pierre Contant - Abonné 26 octobre 2015 12 h 53

    Il y a 30 ans...

    Quand nous avons élévé nos enfants, nous avons vécu une période végétarienne. Pas facile pour nos jeunes dans un milieu peu sensibilisé. Nous disions à l'époque:" dans 25 ans on va lire dans les journeaux que la consommation de viande peut favoriser le cancer". Voilà...

  • François Dugal - Inscrit 26 octobre 2015 15 h 46

    Et à la fin

    Et à la fin, nous mourrons tous un jour. D'ici là, tant qu'à moi, j'aime mieux manger ce que j'aime et qui me rend heureux.

  • François Dorion - Inscrit 26 octobre 2015 17 h 30

    Maïs

    On peut aussi se demander si l'élevage des viandes de boucherie au maïs n'est pas la cause de ces cancers.

    Il ne faut pas oublier que le maïs est une plante hybride tout à fait artificielle qui est peut-être de ce fait toxique