Tribunal pénal international pour le Rwanda - Des massacres apparemment planifiés

Arusha — Le général canadien Roméo Dallaire, qui dirigeait la Mission de l'ONU au Rwanda (Minuar) pendant le génocide en 1994, a accusé hier devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) le colonel Théoneste Bagosora, accusé principal dans le procès dit «des militaires», d'avoir donné l'impression de «planifier» les massacres.

Le général Dallaire, qui avait quitté sa retraite pour venir témoigner devant le TPIR à Arusha (Tanzanie), a également accusé le colonel Bagosora, considéré par l'accusation comme le «cerveau» du génocide, de l'avoir personnellement menacé de mort, et d'avoir préparé un coup d'État, a rapporté l'agence Hirondelle.

Le général Dallaire, en costume civil sombre, cité par l'accusation contre quatre officiers des ex-Forces armées rwandaises (FAR) poursuivis pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, a concentré ses accusations contre l'ancien directeur de cabinet du ministre de la Défense.

Le colonel Bagosora a «de facto» exercé le pouvoir après l'attentat meurtrier contre l'avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, selon le Parquet.

L'attitude du colonel Bagosora pouvait faire penser à une «planification» des massacres, a affirmé le général Dallaire.

Il lui avait opposé «une fin de non-recevoir» quand il lui a proposé de l'aider à calmer des soldats qui commettaient des massacres à Kigali, a-t-il affirmé.

«Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi calme, parfaitement à l'aise au vu de la situation», a-t-il ajouté.

Le colonel Bagosora et le chef d'état-major de la gendarmerie, le général major Augustin Ndindiliyimana, répondaient calmement à des appels téléphoniques, a-t-il raconté.

«Tout se passait comme si cela avait été planifié», a-t-il encore déclaré.

«Je n'ai jamais vu de plan. Mais il y avait comme un scénario qui a conduit le pays à cette crise», a-t-il expliqué.

Le colonel Bagosora préparait également un «coup d'État» avec d'autres militaires au lendemain de la mort du président Habyarimana, a-t-il poursuivi, soulignant que l'officier rwandais s'était opposé à ce que le premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, prenne alors les affaires du pays en main.

Le colonel Bagosora avait toutefois affirmé ne pas avoir l'intention de prendre le pouvoir, a-t-il précisé au tribunal.

Mme Uwilingiyimana a été assassinée par des soldats de l'armée régulière rwandaise dans la matinée du 7 avril, aux premières heures des massacres de Tutsis, de Hutus modérés et d'opposants qui ont fait un million de morts au Rwanda entre avril et juillet 1994. Dix Casques bleus belges qui assuraient son escorte ont été tués avec elle.

Le général Dallaire avait affirmé un peu plus tôt au tribunal que le colonel Bagosora l'avait menacé de mort à deux reprises, en avril puis «vers la fin juin ou début juillet 1994». Lors de leur première rencontre, ils discutaient de l'évacuation d'enfants hébergés dans des orphelinats de Kigali, a-t-il précisé.

Le colonel Bagosora comparaît avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'état-major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, et l'ex-commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Leur procès, qui s'est ouvert en 2002, est l'un des plus importants de l'histoire du TPIR.

C'est la deuxième fois que le général Dallaire, «profondément traumatisé» selon lui par son expérience au Rwanda, vient témoigner au TPIR.

Il avait été cité par la défense en 1998 dans le procès de l'ancien maire rwandais de Taba (centre), Jean-Paul Akayezu, qui a été condamné à la prison à perpétuité.

Sa déposition devrait se poursuivre jusqu'au 30 janvier, selon le calendrier du tribunal.

Le TPIR, créé par l'ONU en 1994, a prononcé à ce jour seize condamnations et un acquittement.