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L'ONU envisage d'envoyer une mission en Irak

New York — Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan envisage d'envoyer une mission sur la tenue d'élections en Irak comme le lui réclame Washington, mais souhaite disposer d'éléments supplémentaires avant de prendre sa décision.

«Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il fallait de plus amples discussions au niveau technique, a dit hier M. Annan à la presse à l'issue d'une rencontre avec les leaders irakiens du Conseil de gouvernement et l'administrateur civil américain en Irak, Paul Bremer. Cela ne devrait pas être très long.»

Pour lui, «la stabilité de l'Irak devrait être l'affaire de tous. Je pense que nous avons une occasion de travailler ensemble pour tenter d'avancer».

Organisés à son initiative pour clarifier le rôle de l'ONU dans la perspective du transfert de souveraineté aux Irakiens fixé au 30 juin, ces entretiens ont été l'occasion pour les États-Unis de plaider pour un retour de l'organisation internationale. L'ONU avait quitté l'Irak après y avoir été visée par deux attentats en août et septembre. Ces attaques avaient fait 23 morts.

La question du retour de l'ONU est devenue une affaire urgente pour la coalition qui, confrontée à la contestation chiite sur les modalités de passation des pouvoirs, souhaite son soutien pour désamorcer la crise.

Leader spirituel de la vaste communauté chiite d'Irak (quelque 60 % de la population), le Grand ayatollah Ali Sistani réclame que l'Assemblé nationale transitoire, qui doit être établie d'ici le 31 mai, soit issue d'élections générales. Des milliers de chiites ont encore manifesté dans ce sens lundi à Bagdad.

L'accord du 15 novembre, qui fixe les étapes du transfert de souveraineté d'ici à la fin 2005, stipule au contraire que les membres de l'Assemblée seront issus d'une désignation indirecte.

Ce week-end, Paul Bremer avait clairement stipulé ce qu'il venait chercher à New York: le retour le plus tôt possible des Nations unies à Bagdad, afin de faciliter la mise en place du l'accord du 15 novembre sur le transfert de souveraineté aux Irakiens et de calmer le courroux de la communauté chiite. L'année dernière, face aux attentats en série visant les forces américaines, Washington s'était en effet ralliée aux positions de certains de ses adversaires anti-guerre, comme la France, pour opter en faveur d'un transfert de pouvoir rapide aux Irakiens. Le projet américain appelait alors à la nomination d'une Assemblée provisoire, principalement sélectionnée par des «caucus» (assemblées provinciales) dans tout le pays. Celle-ci devait ensuite nommer un gouvernement intérimaire, qui prendrait la place de la Coalition américano-britannique au 1er juillet. Avant de s'atteler à la préparation d'élections pour 2005.

«Discuter des alternatives»

Les Américains, jugeant impossible la tenue d'élections dans les délais, ont demandé à M. Annan d'envoyer une mission en Irak. Il reviendrait à la mission, au cas où un scrutin serait impossible à organiser, d'«expliquer pourquoi et de discuter des alternatives», a expliqué hier le président du Conseil de gouvernement irakien, Adnane Pachachi.

Paul Bremer s'est dit «ravi» que le secrétaire général examine la question, ajoutant que de plus amples discussions techniques devraient débuter dès hier après-midi. La question des élections est «légitime» et «l'ONU avec son expertise peut apporter des perspectives», a-t-il dit, le représentant spécial britannique Jeremy Greenstock à ses côtés. L'ONU n'avait pas été associée à l'accord du 15 novembre, conclu entre la coalition et l'exécutif irakien, et qui à aucun moment ne fait mention d'un rôle quelconque pour l'organisation internationale.

Reste aussi pour l'organisation la question de la sécurité, alors qu'un nouvel attentat a fait dimanche 24 morts à Bagdad. «Nous avons redit notre offre d'assurer tout le soutien possible à la sécurité du personnel de l'ONU», a dit M. Bremer hier.

De fait, tous ont évoqué un «large consensus» sur l'importance du rôle de l'ONU en Irak. «Il y a un large accord autour du fait que l'ONU aura un rôle important à jouer [...] Nous serons aussi actifs dans la reconstruction, sur le terrain humanitaire et des droits de l'Homme», a ajouté M. Annan, selon qui tous les sujets ont été passés en revue et pour qui la réunion a donné lieu à un «échange très franc».

«L'unique objectif de l'ONU est d'aider le peuple d'Irak. Nous voudrions voir un consensus aussi large que possible parmi les Irakiens sur ce qui doit être fait [...] et sur le rôle que l'ONU pourrait jouer», a ajouté M. Annan.

Une enquête menée à la suite des attentats de l'été dernier avait montré que nombre d'Irakiens restaient méfiants à l'égard des Nations unies, du fait de leur rôle dans le maintien des sanctions internationales sous le régime de Saddam Hussein.

C'était la plus grande démonstration de force des chiites à Bagdad depuis la chute de Saddam Hussein. Des dizaines de milliers d'entre eux défilaient dans le calme hier, réclamant des élections directes, au jour où Washington se tournait vers l'ONU afin d'obtenir son appui pour le transfert du pouvoir aux Irakiens.

Une foule considérable, jusqu'à 100 000 personnes selon la presse, a défilé jusqu'à l'Université al-Mustansariyah, où un proche du chef spirituel des chiites, le grand ayatollah Ali al-Husseini al-Sistani a pris la parole.

Les chiites, qui constitueraient 60 % de la population irakienne, font monter la pression politique sur la coalition, déjà aux prises avec la résistance armée attribuée à la minorité sunnite fidèle au régime déchu.