La France se prépare à une semaine de grèves

Paris — Chemins de fer, aéroports parisiens, hôpitaux: les premières grandes grèves de l'année sont déclenchées en France, à deux mois des élections régionales et locales dont l'enjeu est d'ores et déjà présenté comme national.

Une grève de 24 heures est prévue demain à la société publique des chemins de fer SNCF, à l'appel de plusieurs syndicats, pour la défense des salaires, de l'emploi, et contre l'instauration d'un service minimum.

La direction a précisé qu'elle allait mettre aujourd'hui à la disposition des usagers un «service prévisible, par voie d'affichages [en gares] et dans les médias».

La mobilisation pourrait être renforcée par l'annonce, en fin de semaine dernière, d'une réduction d'effectifs de 3505 personnes sur l'année, ramenant le nombre d'employés à 168 895 contre 172 400 en décembre 2003.

Les principaux syndicats de cheminots se disent prêts à engager un «conflit majeur élargi aux autres professions», si le gouvernement persiste à vouloir imposer un service minimum garanti à la SNCF, comme l'a annoncé le président de droite Jacques Chirac, début janvier. Tous dénoncent une «atteinte» au droit de grève.

Les syndicats d'Aéroports de Paris (ADP), établissement public qui gère les aéroports de la capitale, ont appelé les quelque 3000 salariés à une grève jeudi, pour refuser «la privatisation» et exiger «le maintien du statut actuel». Cette grève ne devrait pas affecter le trafic aux deux principaux aéroports parisiens, Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly.

Le président d'ADP, Pierre Graff, a annoncé en décembre que l'entreprise serait transformée en société anonyme par une loi au printemps 2004, avant une ouverture du capital en 2005.

Jeudi également, des organisations de médecins et des syndicats d'agents hospitaliers ont lancé un mot d'ordre de grève pour le financement et le recrutement dans l'hôpital public. Les sages-femmes de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont déposé un préavis dès hier contre une loi qui modifie leur système de garde. La semaine s'achèvera vendredi par la remise au ministre de la Santé Jean-François Mattei d'un rapport sur l'avenir de l'assurance maladie, fortement déficitaire avec 11 milliards d'euros prévu en 2004 et dont la réforme est présentée comme «objectif numéro un» pour 2004.

Le rapport, élaboré par un Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie qui regroupe syndicats, patronat, médecins, mutuelles, juge notamment «insupportable» ce déficit, qui risque d'atteindre 29 milliards d'euros en 2010 et 66 milliards en 2020, si rien n'est fait. Le ministre de la Santé souhaite présenter en juillet devant le Parlement un projet de réforme visant à permettre à l'assurance maladie de revenir à l'équilibre en 2007, conformément aux souhaits du président de la République.

En prélude à cette semaine de mobilisation, les syndicats de l'électricien-gazier EDF-GDF appellent à des mouvements aujourd'hui contre la privatisation de l'entreprise. Le premier ministre a confirmé le 12 janvier que le changement d'EDF et GDF en sociétés anonymes était à l'ordre du jour cette année.

Les élections régionales des 21 et 28 mars sont déjà dans le point de mire.