Les Palestiniens s'interrogent sur le choix des derniers kamikazes

Jérusalem — Les deux derniers attentats suicide en Israël ont été commis par une jeune mère et un adolescent dont le frère avait été tué une semaine plus tôt. Ces kamikazes d'un nouveau type déclenchent un début de controverse dans une population pratiquant pourtant le culte des «martyrs».

Quant aux médias palestiniens, pour la première fois ou presque, ils s'interrogent sur cette escalade et tirent la sonnette d'alarme. Pour certains, le drame vient s'ajouter au drame, et une limite a été franchie. La jeune mère kamikaze laisse derrière elle deux orphelins en bas âge; et le jeune homme une famille doublement endeuillée par la mort d'un second fils.

«Si la société n'a pas le courage de s'exprimer sur ce sujet, nous pourrions bientôt voir des enfants de dix ans et des femmes enceintes se faire exploser», tempête Hassan Badtil dans les colonnes d'Al-Ayyam. Jusqu'à présent, ce genre de critiques était rarissime dans une société où l'on chante les louanges de ces «martyrs» ayant tué plus de 400 Israéliens en 39 mois, et où critiquer les groupes terroristes est synonyme de trahison.

Mercredi, Rim Raïchi, 22 ans, a laissé à la maison sa fille de 18 mois, Doha, et son fils de trois ans, Obedia, pour aller se faire exploser au point de passage d'Erez, entre Israël et la Bande de Gaza, tuant quatre militaires israéliens.

C'était la première fois que le Hamas envoyait une femme se faire tuer, emboîtant ainsi le pas au Djihad islamique et aux Brigades des martyrs d'Al Aqsa. Mais le Mouvement de la résistance islamique (ou Hamas), auteur du plus grand nombre d'attentats suicide, a franchi une nouvelle étape: c'était aussi la première fois qu'une kamikaze était épouse et mère.

Pour Cheikh Yassine, chef spirituel du Hamas, l'ère des femmes kamikazes a commencé, car la guerre sainte «est une obligation pour tous les musulmans, hommes et femmes». «Les femmes étaient épargnées jusqu'à ce que le besoin s'en fasse sentir», ajoute le vieux leader tétraplégique.

Pour les observateurs, ce «besoin» est lié au fait que les forces israéliennes surveillent désormais trop les hommes jeunes, considérés comme des kamikazes potentiels.

Les Israéliens dressent un portrait particulier de Rim Raïchi: adultère, elle aurait été contrainte à s'immoler pour laver l'honneur de sa famille. Une version démentie par un responsable palestinien de la sécurité à Gaza, qui affirme que c'est son mari qui l'a menée en voiture jusqu'au lieu de l'attentat: «Cette femme était une extrémiste religieuse, elle avait une plus forte personnalité que son mari. Elle l'aurait convaincu qu'elle devait perpétrer cet attentat, lui promettant qu'ils se retrouveraient au paradis.»

Depuis le début de la deuxième Intifada, nombre de Palestiniens considèrent les attentats suicide comme une arme légitime de la résistance à Israël. Mais le ton change avec les deux derniers.

Dans un café de Naplouse, la majorité des hommes présents expriment leur réprobation: «Elle est folle», dit de la kamikaze Saher Qoussini, un enseignant. «Elle avait deux enfants, elle en était responsable, elle devrait être là pour les élever». Et de critiquer aussi le choix de la cible: le principal point de passage que franchissent chaque jour des dizaines de milliers de Palestiniens se rendant travailler en Israël.

Pour la députée palestinienne Hanane Achraoui, opposée aux attentats suicide, ce débat naissant pourrait aider à retourner l'opinion publique parce que le risque se rapproche de chacun: «Il y a des gens qui ne veulent pas voir leurs enfants faire de telles choses.»

Et le débat a gagné la presse. «Nous ne devons pas nous servir des femmes et des enfants pour faire la guerre. Nos factions commettent des erreurs et nous devons élever la voix contre cela», dénonce Hafez Barghouti, rédacteur en chef d'Hayat al-Jedida, le journal de l'Autorité palestinienne.