Israël menace d'éliminer Yassine

Cheikh Yassine
Photo: Agence Reuters Cheikh Yassine

Jérusalem - Israël a menacé ouvertement hier de relancer ses opérations d'élimination des dirigeants du mouvement radical palestinien Hamas, notamment son chef spirituel cheikh Ahmad Yassine, qui a démenti toute implication directe dans un attentat suicide survenu mercredi.

Cheikh Yassine «est bon pour mourir. Il devrait se cacher profondément sous terre où il ne fera pas la différence entre la nuit et le jour», a affirmé le vice-ministre de la Défense, Zeev Boïm, dans des déclarations à la radio militaire. «Nous le trouverons et nous l'éliminerons.»

Réagissant à ces menaces, le Hamas a mis en garde contre toute tentative d'Israël de liquider cheikh Yassine, menaçant de faire payer aux dirigeants israéliens «le prix de leur crime».

Environ 20 000 Palestiniens ont manifesté dans la soirée dans la bande de Gaza pour exprimer leur soutien à cheikh Yassine et protester contre les menaces israéliennes.

D'après la radio, les responsables militaires israéliens estiment que cheikh Yassine a ordonné personnellement l'attentat de mercredi, commis par une Palestinienne qui a fait exploser la charge qu'elle portait sur elle à Erez, principal point de passage entre la bande de Gaza et Israël, tuant quatre Israéliens. Ce que le dirigeant du Hamas a démenti.

Les Israéliens «savent que cheikh Yassine n'a rien à voir avec l'action militaire mais ils cherchent un prétexte pour rassurer leur peuple», a déclaré cheikh Yassine à des journalistes à Gaza.

Le général de réserve Amos Gilad, proche conseiller du ministre israélien de la Défense Shaoul Mofaz, a qualifié cheikh Yassine de «chef suprême du crime», dans des déclarations à la radio militaire israélienne. Il a également attribué le calme relatif qui a prévalu fin 2003 à la «liquidation partielle de la direction du Hamas».

L'Autorité palestinienne a mis en garde Israël contre une reprise des liquidations des chefs de mouvements radicaux. «Une reprise de la politique de liquidation ramènera la région à la case départ et conduira à une escalade», a déclaré à l'AFP Nabil Abou Roudeina, principal conseiller du président de l'Autorité Yasser Arafat.

Cheikh Yassine avait été la cible d'une tentative de liquidation le 6 septembre 2003. Il avait été légèrement blessé à la suite d'un raid aérien visant un bâtiment où il se trouvait avec d'autres dirigeants du Hamas à Gaza.

D'autre part, un député palestinien et cadre du mouvement Fatah, Abbas Zaki, a accusé Israël de l'avoir empêché de se rendre en Jordanie d'où il devait gagner les États-Unis pour participer à un colloque organisé par des Palestiniens.

Sur le pont Allenby

M. Zaki a affirmé avoir tenté de franchir jeudi et hier le pont Allenby reliant la Cisjordanie à la Jordanie, mais Israël l'en a empêché, le bloquant chaque fois au point de passage pendant plusieurs heures.

Par ailleurs, le gouvernement israélien doit décider dimanche de la tactique à adopter vis-à-vis de la Cour internationale de justice (CIJ), dont les audiences doivent débuter le 23 février à La Haye, aux Pays-Bas, sur la «ligne de séparation» qu'Israël érige en Cisjordanie, a indiqué la radio publique israélienne.

Le gouvernement d'Ariel Sharon va décider s'il envoie une délégation de juristes pour participer aux débats ou s'il se borne à déposer des documents écrits présentant les arguments en faveur de la ligne qui s'enfonce profondément dans plusieurs secteurs en Cisjordanie.

L'Assemblée générale de l'ONU a demandé le 8 décembre 2003 à la CIJ un avis consultatif sur «les conséquences en droit de l'édification du mur qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé».