Autorité tribale et punitions collectives

Abou Hichma - Une barrière de barbelés entoure les orangers et les palmiers-dattiers du village d'Abou Hichma, au nord de Bagdad. Mais l'armée américaine a aggravé la punition, sommant les chefs tribaux de faire cesser la violence, sous peine de prison. Cette tactique évoque les mesures punitives israéliennes dans les territoires palestiniens, dénoncées comme des châtiments collectifs, mais le commandant américain, le lieutenant-colonel Nate Sassaman, assure que la coopération n'avait pas marché.

L'officier américain explique avoir voulu ainsi briser la loi du silence dans le village, à 75 km au nord de Bagdad, après une attaque au lance-roquettes RPG le 17 novembre qui avait coûté la vie à un de ses hommes. En octobre, il avait exposé aux dignitaires locaux son «traité de paix du ramadan», juste avant le mois le plus sacré de l'islam, levé le couvre-feu, cessé les patrouilles dans le village et donné des fonds aux imams, espérant que ce serait le début d'une nouvelle ère, confie le lieutenant-colonel Sassaman.

«Quand j'ai tenu cette réunion, j'ai dit que, s'il y avait de la violence pendant le ramadan, le couvre-feu serait en vigueur, que nous recommencerions à patrouiller en permanence et que nous examinerions le déplacement du village», souligne l'officier américain, qui avait déjà menacé de déplacer les 7000 habitants si les tirs de mortier continuaient.

Après l'attaque de novembre, il a décidé de faire payer le village. «Ils ont rompu notre accord de paix», estime-t-il. Il a fait dresser des barbelés, sur le modèle de ceux installés en octobre autour d'Owja, le village natal de Saddam Hussein, établi un point d'entrée et interdit l'accès aux hommes à l'exception des titulaires de nouvelles cartes d'identification mentionnant leur nom, leur âge et leur type de véhicule.

L'officier américain a jeté en prison le conseil local et le chef de la police pendant 72 heures. Mais personne n'a parlé. C'est alors qu'il a adopté une «solution à l'irakienne» conseillée par un influent cheikh d'Abou Hichma vivant à présent à Bagdad, indique-t-il. En décembre, il a convoqué les cheikhs et leur a dicté ses conditions pour un retour à la situation antérieure: qu'ils empêchent les attaques dans leur secteur, sous peine de «la punition de notre choix», très certainement la prison.

«Beaucoup d'entre eux sont venus me voir pour me dire: "Tuez-moi, tuez-moi si ça vient de mon secteur", affirme le lieutenant-colonel Sassaman. Je leur demandais de ne pas dire ça, mais je les ai prévenus que nous les tiendrions pour responsables de toute violence.»

Seule une poignée a refusé, parmi lesquels Farhane Mahmoud al-Tamimi, professeur de droit islamique à l'université de Tikrit et membre du conseil local. «Ils nous traitent comme les Palestiniens. Ils ont détruit nos maisons et nos terres», déclare-t-il, ajoutant craindre d'être désormais dans le collimateur des troupes américaines.

Un des 126 signataires, Saleh Knief Diab, affirme que les chefs tribaux n'avaient pas le choix, face aux patrouilles de chars quotidiennes et à la crainte que l'officier américain ne mette à exécution ses menaces de chasser les habitants.