Iran - Les conservateurs commencent à battre en retraite

Téhéran - Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a ordonné au Conseil des gardiens, un organe conservateur, de réexaminer avec moins de sévérité les dossiers des candidats réformateurs rejetés après une invalidation massive des candidatures pour les législatives de février.

«Heureusement, la Constitution a prévu les différentes étapes et le Conseil des gardiens de la Constitution a à ce stade la possibilité de revoir [les dossiers des candidats] avec précision et conformément à la loi», a déclaré l'ayatollah Khamenei, cité hier par les médias officiels.

La déclaration du numéro un iranien, qui a reçu les 12 membres du Conseil des gardiens, dont six dignitaires religieux désignés directement par lui-même, survient à la suite d'une menace de démission collective des réformateurs agitée mardi par le président Mohammad Khatami.

En ce qui concerne les 83 députés de l'actuel Parlement (dont 80 réformateurs) dont la candidature a été rejetée, le guide a affirmé: «En ce qui concerne ces gens, si leur aptitude a été prouvée par le passé, le principe est qu'ils sont compétents, à moins que le contraire ne soit prouvé.» «On ne peut pas avoir de certitude absolue de l'aptitude des candidats. Les signes apparents peuvent suffire à confirmer leur aptitude. À côté des points négatifs, il faut aussi tenir compte des aspects positifs de la personne», a encore dit le Guide.

Cette intervention du Guide ouvre la porte à une révision des dossiers et à la validation de la candidature d'une partie des candidats réformateurs rejetés par les commissions de surveillance. «Je pense que bon nombre de candidats rejetés seront repêchés, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde, en particulier certains responsables réformateurs qui ont un rôle de leader», a estimé un haut responsable réformateur. Ces dernières années, plusieurs députés réformateurs ont été condamnés par la justice à des peines de prison. Ces peines n'ont pas été exécutées mais devraient suffire pour les empêcher de se représenter.

Une grave crise politique a éclaté dimanche après l'annonce du rejet d'environ 3600 candidats (y compris 83 députés, dont 80 réformateurs) aux législatives du 20 février par les commissions de surveillance des élections, qui dépendent du Conseil des gardiens de la Constitution, aux mains des conservateurs. La plupart des candidats ont été rejetés pour «non-respect de l'islam». Mohsen Mirdamadi, président de la commission des Affaires étrangères et de la Sécurité nationale du Parlement, avait même parlé de «coup d'État par des moyens non militaires».

Le président Khatami a brandi mardi la menace d'une démission collective des réformateurs si

les conservateurs maintenaient leur décision. Signe de leur détermination, les députés qui ont commencé un sit-in depuis dimanche ont rejeté hier la demande du président Khatami de mettre un terme à leur mouvement.