Mahmoud Abbas démissionne de l’OLP

Jérusalem — Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a démissionné de la plus haute instance de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) pour convoquer un congrès extraordinaire de la direction palestinienne qui, selon l’opposition, lui permettra de renforcer son pouvoir dans un climat politique tendu.

Samedi soir, M. Abbas et plus de la moitié des membres du CEOLP ont remis leur démission. Elles ne prendront effet que lorsque — et si — elles sont présentées lors de la tenue, au plus tard d’ici un mois, du Conseil national palestinien (CNP, le Parlement de l’OLP) qui devra alors élire un nouveau Comité exécutif.

« La vérité, c’est que l’OLP et surtout le Comité exécutif sont de moins en moins efficaces et actifs », explique Ahmed Majdalani, membre du CEOLP, à l’AFP. « Il faut un renouvellement pour que des membres actifs, influents et dynamiques entrent au Comité », poursuit-il.

Manipulations

Et ce, particulièrement « au moment où l’horizon est totalement bouché pour le processus de paix », renchérit Azzam al-Ahmed, haut cadre de l’OLP en charge de la tenue du congrès du CNP, la plus haute instance législative palestinienne qui ne s’est pas réunie depuis 1996.

Les 18 membres du CEOLP sont seuls habilités à prendre les décisions engageant les Palestiniens — dans les Territoires occupés comme de la diaspora — notamment dans le cadre du processus de paix. C’est ce comité, et son secrétaire général de l’époque, Mahmoud Abbas, qui avait signé les Accords d’Oslo sur l’autonomie en 1993.

Mais pour Moussa Abou Marzouq, haut dirigeant du Hamas islamiste, qui refuse de céder le pouvoir dans la bande de Gaza, ces démissions offrent surtout à M. Abbas « une chance de former le Comité exécutif qu’il veut, débarrassé de toute opposition et en premier lieu de Yasser Abed Rabbo », son numéro deux devenu selon certains trop critique envers sa politique et sa personne.

Samedi soir, avant la série de démissions, il a été remplacé au poste de secrétaire général du CEOLP par Saëb Erakat, un proche de M. Abbas qui a été de toutes les négociations de paix avec les Israéliens.

M. Abed Rabbo n’aurait toutefois pas démissionné, selon des sources internes à l’OLP.

« Tous ceux qui pouvaient, ou cherchaient à s’opposer ont été écartés », assurait récemment à l’AFP Bassem Naïm, cadre dirigeant du Hamas à Gaza, soulignant qu’il y a peu encore M. Abed Rabbo était présenté comme le dauphin de M. Abbas.

Cet indépendant venu de la gauche a été suspendu en juillet par M. Abbas, avant que cette décision ne soit avalisée par le CEOLP samedi soir.

Au lendemain de son éviction, M. Abed Rabbo dénonçait dans un communiqué une mesure prise « en [son] absence et sans vote interne », y voyant une entorse « à toutes les lois et coutumes au sein de l’OLP (qu’il a) connues durant toutes les années de lutte commune ».

« Le comité exécutif est devenu un salon politique où on vient écouter Abbas rendre ses avis », affirmait à l’AFP M. Naïm avant les démissions de samedi.

Accord indirect ?

Ces démissions au plus haut niveau au sein de l’OLP interviennent alors qu’un changement radical pourrait intervenir dans la bande de Gaza : le chef du Hamas, Khaled Mechaal, a reconnu récemment que des « contacts positifs » avaient été noués pour un possible accord avec Israël sur une trêve de longue durée dans l’enclave palestinienne.

Si cet accord, contre lequel l’OLP mène une campagne, était conclu, il entérinerait, accusent les dirigeants à Ramallah, la division politique de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza, déjà séparées par la géographie.

Le Hamas se défend de tenir l’OLP à l’écart et réplique qu’il est le seul mouvement, avec le Djihad islamique, à ne pas faire partie de l’OLP.

Les députés du Hamas sont membres de droit du CNP mais ils pourraient boycotter son congrès pour protester contre le fait que le Parlement palestinien ne s’est pas réuni depuis 2007. À cette date, le mouvement islamiste a pris le pouvoir par la force à Gaza, après avoir été privé de sa victoire aux législatives de 2006.

Depuis, les querelles intestines bloquent tout processus électoral alors que le mandat de M. Abbas a expiré en 2009 et celui du Parlement en 2010.