Turcs et Américains, ensemble contre EI

Les États-Unis et la Turquie, malgré leurs divergences à l’égard des Kurdes, sont en train de forger une alliance de circonstance pour créer en Syrie une zone débarrassée des djihadistes.

Critiquée depuis des mois pour son inaction contre le groupe djihadiste État islamique (EI), la Turquie a affiché une nouvelle stratégie saluée par Washington et l’OTAN. Elle a ouvert leur base aérienne d’Incirlik pour permettre à la coalition internationale menée par les États-Unis de frapper les djihadistes en Syrie, a mené son propre raid contre EI et a arrêté des suspects.

Massive offensive

 

De plus, son chef de la diplomatie, Mevlut Cavusoglu, a annoncé qu’Ankara lancerait « bientôt une lutte d’envergure » contre EI et que les avions américains, basés en Allemagne, « ont commencé à arriver » en Turquie.

Un drone américain, parti mercredi pour la première fois de Turquie, a bombardé une cible d’EI en Syrie, pays voisin de la Turquie ravagé par la guerre depuis plus de quatre ans. Mais pour les experts, cette alliance turco-américaine est viciée par la volonté des Turcs de cibler les forces kurdes tandis que les Américains sont réticents à s’en prendre à des combattants qui se révèlent être des alliés sur le terrain contre les djihadistes.

La majorité des frappes turques ont ciblé les rebelles indépendantistes kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) dans le sud-est turc et dans le nord de l’Irak, autre pays voisin de la Turquie.

« Pour Ankara, le PKK et les Kurdes sont une question bien plus importante que EI », assure Charles Lister, chercheur associé au Centre Brookings de Doha. En tête des soucis des Turcs en Syrie figurent?le?Parti d’union démocratique kurde (PYD) et son bras armé, les Unités de protection du?peuple?kurde (YPG), qu’il considère?comme?une branche du PKK.

Les YPG, qui ont chassé EI successivement des villes de Kobané et de Tall Abyad, frontalières de la Turquie, sont apparues comme la force la plus apte à combattre EI et sont un allié majeur de la coalition internationale.

Le cauchemar pour les Turcs c’est la création d’une région autonome kurde en Syrie, dénommée Rojava, à l’instar de celle dans le nord de l’Irak. Ils craignent qu’une telle éventualité stimule les ambitions séparatistes des Kurdes sur son territoire.

Cherchant à rassurer la Turquie, les États-Unis ont dit qu’elle avait «le droit de se défendre» contre le PKK qui figure sur la liste américaine des organisations «terroristes».

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