Les enquêteurs français et malaisiens vont coopérer

Cinq jours après la découverte d’un fragment d’aile d’un Boeing 777 sur l’île française de La Réunion, juge, gendarmes et experts aéronautiques français et malaisiens se sont réunis, lundi à Paris, pour coordonner leur action dans l’enquête sur la disparition du vol MH370.

La délégation malaisienne — dirigée par le directeur général de l’aviation civile, Azharuddin Abdul Rahman, et composée de quatre autres personnes représentant Malaysia Airlines et la justice malaisienne — s’est entretenue, au palais de justice de Paris, avec l’un des trois juges français chargés de l’affaire, des enquêteurs de la gendarmerie des transports aériens et des représentants du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA).

Selon une source judiciaire présente lors de la rencontre, « la réunion a été axée sur la coopération entre les instances françaises et les autorités malaisiennes. Le juge a rappelé le devoir absolu d’entraide et de transparence qui devait prévaloir. »

La justice française s’est saisie de l’affaire puisque quatre des victimes sont françaises. Parallèlement, une enquête internationale, coordonnée par l’Australie, est menée par plusieurs pays, dont la Chine, la Malaisie et les États-Unis.

« La Malaisie et la France partagent l’inquiétude et l’anxiété de tous les proches [des victimes] dans l’attente de déterminer l’origine du [morceau d’aile retrouvé], en espérant mettre fin à seize mois d’attente douloureuse », a indiqué dans un communiqué M. Abdul Rahman.

Analyse du morceau d’aile retrouvé

Le morceau d’aile d’avion retrouvé sera analysé à partir de mercredi après-midi dans un laboratoire militaire situé dans la banlieue de Toulouse, dans le sud-ouest de la France, et des morceaux d’une valise, découverts à proximité du débris d’avion, seront expertisés dans un laboratoire de la région parisienne.

Ces analyses pourraient déterminer s’il s’agit d’un morceau du Boeing 777 du vol MH370, disparu mystérieusement le 8 mars 2014 avec 239 personnes (dont 153 Chinois) à son bord.

Cette découverte a provoqué depuis mercredi un certain emballement autour d’une des plus grandes énigmes de l’histoire de l’aviation civile.

Les rumeurs se répercutent aux quatre coins de la planète, au gré des « découvertes » par des promeneurs sur les plages réunionnaises de possibles pièces d’avion, en fait de la simple ferraille. À la demande de la Malaisie, les autorités mauriciennes ont annoncé qu’elles allaient entamer des recherches pour « localiser des débris éventuels ».

Minimiser les attentes

 

Élus, experts et enquêteurs s’attachent toutefois à minimiser les attentes.

« Attendons les résultats de l’enquête », a tempéré Marie-Lise Chane-To, première adjointe au maire de Saint-André, la commune de La Réunion où a été retrouvé le débris.

« Nous sommes en train de rouvrir une plaie qui n’est peut-être pas fermée et ne le sera probablement jamais. Les familles ont besoin de connaître ce qui s’est passé pour démarrer le deuil, mais, dans un tel contexte, il importe de ne pas donner de fausses espérances », a-t-elle insisté.

Seule certitude pour l’instant : le fragment d’aile est bien celui d’un Boeing 777. « Cela a été vérifié par les autorités françaises avec le constructeur Boeing, le NTSB américain [l’agence de sécurité des transports] et l’équipe malaisienne », selon le ministère malaisien des Transports.

La piste du MH370 se dessine donc, puisqu’aucun autre accident aérien n’a impliqué ce type d’appareil dans cette région du monde.

Si les analyses physiques et chimiques pourraient permettre l’identification du vol, de nombreux experts estiment qu’il est peu probable qu’elles dessinent le scénario de la catastrophe.

« Il ne faut pas attendre des miracles de cette analyse », prévient l’ancien directeur du BEA, Jean-Paul Troadec. Pour tirer des conclusions, il faudrait que « la pièce soit au centre de l’accident, les chances sont assez faibles », estime Pierre Bascary, ancien directeur des essais à la Direction générale française de l’armement. Avec ces « 2 m2 d’avion », « ça va être très difficile d’avoir des certitudes ».

L’étude des crustacés accrochés au débris pourrait toutefois livrer quelques indices.

L’Université de Cologne a ainsi indiqué qu’un de ses chercheurs, Hans-Georg Herbig, les a identifiés, à partir des images diffusées dans les médias, comme des anatifes. Selon lui, il s’agit probablement de la sous-espèce de Lepas qui évolue « dans des zones marines fraîches, au sud-ouest de l’Australie ». Là où s’étaient concentrées les recherches au printemps 2014.

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