EI frappe la Turquie, une première

La Turquie a été frappée lundi par un attentat suicide qui a tué au moins 30 personnes dans la ville de Suruç, tout près de la frontière syrienne, et a aussitôt été attribué avec une quasi-certitude par les autorités turques au groupe État islamique (EI).

Si sa paternité était confirmée, cette attaque serait la première survenue sur le sol turc depuis l’émergence du mouvement radical, qui contrôle depuis plus d’un an d’importantes portions des territoires irakien et syrien, notamment près de la Turquie.

L’explosion, très forte, s’est produite à la mi-journée dans le jardin d’un centre culturel de Suruç (sud), où résidait un important groupe de jeunes militants de gauche et prokurdes qui souhaitaient participer à la reconstruction de Kobané, d’où les djihadistes de EI ont été chassés en janvier par les milices kurdes de Syrie.

« Je maudis et condamne les auteurs de cette violence au nom de mon peuple », a réagi le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan.

« L’explosion a été provoquée par un attentat suicide », a précisé un responsable, ajoutant que les autorités turques avaient de fortes raison » de croire que cette attaque terroriste avait été perpétrée par EI.

À Kobané

 

Peu après cette première explosion, une autre attaque à la voiture piégée a visé un barrage de sécurité établi par les milices kurdes dans le sud de Kobané, de l’autre côté de la frontière, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). « Deux combattants kurdes ont été tués par l’explosion », a déclaré Rami Abdel Rahman, le directeur de cette ONG qui dispose de nombreux informateurs en Syrie.

L’attentat suicide intervient quelques semaines après le renforcement par les autorités turques de leur dispositif militaire à la frontière syrienne, au lendemain de la victoire remportée par les milices kurdes de Syrie face aux combattants djihadistes dans la bataille pour le contrôle d’une autre ville frontalière syrienne, Tall Abyad.

Selon les analystes, cette décision visait à la fois à contrer le groupe EI mais aussi à bloquer l’avancée dans le nord de la Syrie des forces kurdes, proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène depuis 1984 une rébellion contre Ankara.

La presse turque avait alors évoqué avec insistance l’hypothèse d’une opération militaire turque en Syrie. Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu avait toutefois écarté toute intervention imminente et unilatérale.

Les contrôles

 

Sous le feu des critiques de ses alliés, la Turquie a depuis un an resserré ses contrôles dans les aéroports et à sa frontière pour empêcher le transit par son sol des recrues étrangères d’EI en route vers la Syrie. Elle a aussi mené ces dernières semaines plusieurs opérations de police, très médiatisées, pour démanteler ces filières.

« Il est clair qu’EI est devenu aux yeux des Turcs une menace », a commenté la semaine dernière un diplomate occidental.

Proche de M. Erdogan, le président russe, Vladimir Poutine, a dénoncé « un acte barbare » et appelé la communauté internationale à une coordination active contre le terrorisme.

La ville de Suruç accueille des milliers de réfugiés kurdes de Syrie qui ont quitté la région de Kobané lors de l’offensive lancée par les combattants d’EI en septembre dernier.

Cette attaque et les violents combats qui ont suivi pendant quatre mois ont provoqué l’exode de quelque 200 000 personnes vers la Turquie voisine. Selon les autorités locales turques, seuls environ 35 000 Syriens ont regagné depuis leur pays.

Fin juin, EI a mené trois attentats suicides à Kobané. Les combats qui ont suivi ont entraîné la mort de plus de 200 civils. Les milices kurdes ont depuis repris le contrôle total de la ville.

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