Sitôt ouverte, l'enquête sur la mort de la princesse Diana est ajournée

Londres — Une nouvelle enquête sur le décès de Diana a été officiellement ouverte hier à Londres — et immédiatement ajournée — au moment où un journal populaire anglais révélait que la princesse avait accusé son époux Charles d'intentions meurtrières.

Hier matin, le quotidien londonien Daily Mirror a nourri de manière spectaculaire la théorie récurrente du complot: Diana soupçonnait son époux, le prince Charles, de vouloir la tuer, révèle une lettre envoyée par la princesse dix mois avant sa mort à son ancien majordome Paul Burrell.

«Il s'agit de la phase de ma vie la plus dangereuse, mon mari planifie un accident sur ma voiture, une panne de freins et une blessure grave à la tête qui lui laisseraient la voie libre pour se marier» avec Camilla Parker Bowles, selon cette lettre publiée par le Daily Mirror.

La missive aurait été écrite en octobre 1996. La princesse évoque son «mari» mais avait officiellement divorcé au mois d'août de la même année.

Diana, 36 ans, Dodi al-Fayed, 42 ans, et leur chauffeur Henri Paul avaient trouvé la mort le 31 août 1997 dans un accident de voiture sous le pont de l'Alma, à Paris.

Une enquête française avait conclu que l'accident était dû à l'état d'ivresse du chauffeur, qui conduisait vite pour échapper à des paparazzi.

L'ancien domestique Paul Burrell avait publié la lettre troublante de Diana en octobre dernier dans son autobiographie, mais sa maison d'édition Penguin avait alors biffé les mots «mon mari», évitant ainsi de pointer un doigt accusateur en direction de l'héritier du trône des Windsor.

Paul Burrell a confié hier qu'il était «mécontent» de la révélation du Daily Mirror. «J'ai toujours dit que je n'avais pas l'intention de publier le nom» de Charles, a-t-il commenté.

Le palais de Buckingham et Clarence House (résidence de Charles), joints par l'AFP, n'ont pas réagi à cette nouvelle révélation sur Charles, déjà au coeur de rumeurs à caractère sexuel récemment rapportées par la presse. «Je sais qu'il existe des conjectures selon lesquelles ces décès ne résultent pas d'un triste mais relativement banal accident de la route à Paris», a déclaré hier Michael Burgess, le coroner qui mène les deux enquêtes séparées sur la mort de Diana et de son compagnon Dodi al-Fayed.

Dans le système judiciaire anglais et gallois, le coroner est la personne chargée, au niveau de chaque comté, d'ouvrir et de mener les enquêtes dans les cas de morts soudaines ou non naturelles.

Dossier français

«J'ai demandé à la police de faire des recherches. Leur résultat aidera à déterminer si de telles questions entrent dans le cadre des enquêtes», a encore précisé M. Burgess. Le chef de Scotland Yard, John Stevens, a ainsi été saisi de l'affaire.

Peu après son ouverture, l'enquête britannique sur la mort de Diana a été ajournée pour 12 à 15 mois en raison de la complexité de l'affaire.

Le coroner attend notamment de recevoir un dossier de 6000 pages déjà refermé par la justice française. Il espère obtenir «la permission d'utiliser sans entraves» ce dossier français et décidera sur cette base qui sera appelé à témoigner.

M. Burgess a précisé que son enquête avait une base commune avec celle menée côté français mais qu'elle restait limitée à l'examen des circonstances détaillées de la mort de Diana et de Dodi.

Une deuxième enquête, sur la mort de Dodi, a été ouverte dans l'après-midi à Reigate, dans le Surrey (sud de l'Angleterre), où il est enterré sur une des propriétés de son père, Mohammed al-Fayed.

La mort de Diana et de Dodi est «un meurtre horrible, cela ne fait aucun doute», a affirmé hier le milliardaire Mohammed al-Fayed, grand avocat de la thèse du complot.