Colis piégés en Europe - Un groupuscule anarchiste est soupçonné

Rome — Le groupe anarchiste soupçonné d'avoir envoyé des lettres piégées à plusieurs dirigeants européens compte probablement quelque 350 membres dans toute l'Italie et n'est guère organisé, a déclaré hier, dans une entrevue téléphonique à Reuters, le procureur italien Enrico di Nicola, responsable du parquet de Bologne.

Ces attentats n'ont fait aucun blessé. Mais le procureur di Nicola estime que le groupe, dénommé Fédération anarchiste informelle (FAI), a déjà atteint son but.

«À mon avis, ils ont provoqué beaucoup d'émoi dans la société [...] à cause des symboles qu'ils ont choisis et des individus qu'ils ont visés [...] et je pense qu'ils ont déjà atteint le but qu'ils s'étaient fixé», a-t-il déclaré.

Le magistrat a tenu ces propos au lendemain de l'explosion de deux colis piégés reçus par des parlementaires européens à Bruxelles et à Manchester. Les autorités belges ont indiqué que sept autres envois suspects avaient été interceptés.

Les deux bombes ayant explosé lundi avaient été postées à Bologne, tout comme les courriers piégés envoyés le mois dernier à des personnalités et des institutions européennes, dont le président de la Commission européenne Romano Prodi.

Au cours d'une conférence de presse donnée hier à Dublin, celui-ci a exprimé l'espoir de voir cesser rapidement la vague d'attentats. «J'en ai fait l'expérience personnelle et je peux vous dire [...] que je n'ai pas eu peur, mais que ce n'était pas une bonne expérience, vraiment pas. Ce n'est pas notre manière de travailler», a-t-il dit.

À Bruxelles, un porte-parole de la Commission a déclaré qu'il avait été proposé à tous les commissaires européens de faire vérifier leur courrier avant qu'il soit remis à leur domicile, mais qu'ils n'avaient pas tous accepté cette offre. La FAI s'est déclarée hostile au «nouvel ordre européen» et a donc pu considérer comme des objectifs idéaux Romano Prodi et les autres partisans d'une expansion de l'Union européenne.

Mais, d'après le procureur di Nicola, ses membres seraient «des individualistes qui n'acceptent aucun type d'organisation, de structure ou de centralisation de la prises de décisions». D'après lui, ils seraient moins dangereux que les Brigades rouges, formation d'extrême gauche dont les assassinats et les enlèvements avaient ébranlé l'Italie à la fin des années 1970 et pendant les années 1980. «Ils n'ont rien à voir avec les Brigades rouges. Ils n'en ont ni la structure, ni l'organisation, ni les positions politiques», estime-t-il.

Les bombes ayant explosé lundi avaient été adressées à l'Allemand Hans-Gert Pöttering, chef du groupe du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen, et au britannique Gary Titley, dirigeant des parlementaires européens membres du Parti travailliste.

Un autre colis adressé à l'eurodéputé espagnol Jose Ignacio Salafranca Sanchez-Neyra (PPE) n'a pas explosé et a été remis à la police belge.

Des colis piégés avaient également été envoyés de Bologne ces dernières semaines à Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), ainsi qu'à l'agence européenne de police Europol et à Eurojust, qui participe à la lutte contre la criminalité transfrontalière.

Le procureur di Nicola a précisé avoir eu des entretiens avec des magistrats d'Allemagne et des Pays-Bas pour partager les informations des trois pays et coordonner leurs enquêtes. Des réunions du même ordre auront lieu à l'avenir au niveau européen, a-t-il ajouté.

Le ministère italien de l'Intérieur a indiqué lundi que Rome dirigerait une cellule multinationale chargée d'enquêter sur l'affaire des envois piégés.

À l'issue d'une réunion tenue à Rome avec des experts antiterroristes d'Europol et de six pays européens, il avait déclaré que la cellule enquêterait sur les mouvements anarchistes de plusieurs pays, notamment l'Espagne, l'Italie et la Grèce.