La présence de gardes armés dans les appareils ne fait pas l'affaire de tous

Londres — Deux compagnies aériennes, Thomas Cook Airlines et South African Airways, ont fait savoir hier qu'elles préféreraient annuler leurs vols vers les États-Unis plutôt que d'accepter la présence à bord d'agents armés, comme l'exige Washington à bord de certains avions pour éviter une répétition des attentats du 11 septembre 2001.

Thomas Cook Airlines, compagnie charter de la deuxième agence de voyages européenne, a signifié son refus en début de journée hier.

«Thomas Cook Airlines n'a pas modifié sa position selon laquelle les vols seront annulés quelle qu'en soit la destination chaque fois qu'un agent de sécurité se présentera», a-t-elle déclaré dans un communiqué.

La société, propriété de la compagnie allemande Lufthansa et du distributeur KarstadtQuelle, dessert Orlando (Floride) au départ de deux aéroports britanniques. Ses appareils à destination des Antilles empruntent également parfois l'espace aérien des États-Unis.

Peu après, à Johannesburg, South African Airways a exprimé une position très voisine. «Pour l'instant, la SAA n'envisage pas d'avoir des agents armés à bord de ses appareils», a déclaré Rich Mkhondo, porte-parole de la compagnie nationale sud-africaine.

«Nous avons informé [les autorités américaines] que [...] si elles estimaient à l'avenir que l'un de nos avions représentait une menace ou un risque pour la sécurité, nous le maintiendrions au sol ou interdirions son vol.»

Le transporteur sud-africain compte 28 vols aller et retour quotidiens à destination des États-Unis: 14 vers Atlanta et autant vers New York.

Une exigence controversée

Ces deux décisions ne font qu'accentuer dans les milieux aéronautiques la controverse sur une exigence que Washington considère comme essentielle pour faire face aux groupes extrémistes comme al-Qaïda.

British Airways, principale compagnie aérienne d'Europe, a déjà fait savoir qu'elle accepterait la présence de gardes armés si elle avait l'assurance que la sécurité de ses vols en serait améliorée.

Le gouvernement britannique s'est quant à lui déclaré convaincu de la nécessité de ce dispositif.

«La menace s'est accrue et nous devons y faire face de manière équilibrée et proportionnée», a déclaré aux Communes le secrétaire britannique aux Transports, Alistair Darling. «Des gardes aériens seront déployés là où ce sera approprié.»

Et si les syndicats de pilotes ne cachent pas leur hostilité à une telle mesure, ils commencent aussi à la considérer comme inévitable.

«Il n'est pas réconfortant de penser que l'on a derrière soi, dans une cabine pressurisée, des gens munis d'armes à feu et de balles», a indiqué un porte-parole de l'Association britannique des pilotes de ligne (BALPA). «Mais si le gouvernement persiste, nous voulons que certaines conditions soient formulées.»

Autorité du commandant

La BALPA réclame notamment la généralisation d'un accord qu'elle a déjà conclu avec la société aérienne Virgin Atlantic Airways. Pour l'essentiel, celui-ci stipule que le commandant de bord doit conserver une autorité totale sur l'appareil, qu'il doit connaître l'identité et l'emplacement précis des gardes et que seules certaines armes pourront être utilisées.

Par ailleurs, les autorités américaines ont commencé lundi à prendre les empreintes digitales et la photographie des étrangers arrivant dans une centaine d'aéroports américains.

De manière générale, les vérifications de sécurité ont été nettement renforcées à bord des avions à destination des États-Unis, ce qui provoque parfois des retards considérables.

À Londres, le départ d'un avion de British Airways censé décoller lundi à destination de New York a ainsi été différé à 15h30 GMT hier, soit un retard total de près de 24 heures.

Les vols de la compagnie britannique à destination de Riyad et Washington, annulés à deux reprises la semaine dernière dans la crainte d'attentats, ont toutefois repris lundi.